Logigramme
Le logigramme est un modèle graphique d'un processus, lu comme une séquence d'étapes et de tests binaires, dans un jeu de symboles restreint et universellement reconnu où la forme de la boîte porte le sens: un ovale marque un début ou une fin, un rectangle une étape, un losange une décision, un parallélogramme une entrée ou une sortie, un rectangle à bord inférieur ondulé un document. Le flux se lit dans le sens de la lecture, de haut en bas et de gauche à droite, et des flèches orientées relient les formes. C'est le membre le plus économique et le plus largement lisible de la modélisation des processus, compréhensible sans formation, celui vers lequel l'analyse d'affaires se tourne pour établir un accord partagé sur ce qu'est un processus. Son losange est un test binaire, tranché à l'endroit où il est dessiné, ce qui le distingue des notations de séquence voisines.
Objectif
Le logigramme rend un processus visible et négocié au coût le plus bas possible. Son produit est une image partagée de ce qui se passe, étape par étape et de l'endroit où le travail bifurque, tracée assez vite pour naître au tableau, dans la salle, avec les personnes qui font le travail. La modélisation des processus en fait son entrée de gamme, ce qui est une qualité: la lisibilité universelle et le prix quasi nul sont sa raison d'être.
Trois usages le portent. Saisir un état actuel quand la tâche examinée abonde en décisions et en chemins alternatifs, là où une image d'étapes et de tests va plus vite qu'un texte. Cadrer un état cible pendant une démarche d'amélioration. Bâtir un consensus avec un public non technique, car le livrable est l'alignement lui-même: il borne ce qu'est le processus et il met la salle d'accord. Le losange y tient une place propre: il pose une question binaire tranchée à l'endroit même où il est dessiné, quand les losanges de BPMN et du diagramme d'activités UML ne font qu'aiguiller une décision arrêtée en amont.
Usage
Quand l'utiliser
- Investigation d'une tâche riche en décisions: la situation abonde en choix et en chemins alternatifs, qu'une image d'étapes et de tests saisit plus vite qu'un texte.
- Alignement d'un public non technique: la salle n'a aucune formation à la modélisation et doit s'accorder sur ce qu'est le processus.
- Esquisse d'un état actuel ou cible à bas coût: sans budget d'outillage, un tableau blanc ou un outil de dessin généraliste suffit.
- Documentation d'une procédure au chemin nominal simple: un enchaînement opérationnel à quelques branches binaires, où une sémantique formelle serait démesurée.
Quand ne pas l'utiliser
- Le processus franchit une frontière organisationnelle entre participants indépendants ou doit s'exécuter dans un moteur: passer à BPMN.
- Concurrence réelle, arêtes gardées ou réalisation d'un cas d'utilisation dans un seul système: passer au diagramme d'activités UML.
- La question n'est pas la séquence mais ce qui contraint et exécute une fonction: passer à IDEF / IGOE.
Description
Un jeu de symboles où la forme porte le sens
Le vocabulaire tient dans une poignée de formes, et c'est leur silhouette qui porte le sens. La norme ISO 5807 fixe cette correspondance: l'ovale, ou stade, est un terminateur, début ou fin; le rectangle plein est une étape; le losange est une décision; le parallélogramme est une entrée ou une sortie; le rectangle à bord inférieur ondulé est un document, une quittance, une fiche de salaire; le rectangle à doubles barres verticales est un sous-processus détaillé dans son propre modèle; un petit connecteur circulaire marque la reprise du flux sur une autre feuille. Les flèches, en trait plein et à pointe pleine, portent la séquence. Le BABOK, de son côté, énumère les éléments d'un modèle de processus, l'activité, l'événement, le flux directionnel, le point de décision, le lien et le rôle; c'est la norme qui fait du parallélogramme une entrée et de la boîte ondulée un document.
Le losange est le test
Un losange de logigramme pose une question binaire, « montant supérieur à CHF 1'000? », avec exactement deux sorties étiquetées, oui et non. La décision est prise au losange: c'est la sémantique propre du logigramme, et c'est ce qui le distingue de BPMN et du diagramme d'activités UML, dont les losanges ne font qu'aiguiller une décision arrêtée à l'étape précédente. C'est là une capacité, la plus reconnaissable de la notation: la logique de branchement se lit sur le dessin, à l'endroit où elle opère. Un losange à trois sorties ou davantage est un aiguillage et le signe que la logique est une règle de gestion qui gagnerait à sortir du flux.
Les couloirs sur un logigramme
Un logigramme accepte les couloirs: une bande cloisonnée, horizontale ou verticale, regroupe les activités portées par un rôle, et en franchir la limite montre la responsabilité qui passe à un autre. Le BPM CBOK est explicite, « les couloirs ne sont pas une notation distincte » mais une addition notationnelle greffée sur la plupart des systèmes, dont le logigramme. Ce que BPMN ajoute est donc la sémantique de flux de message à travers la frontière d'un participant: un couloir de logigramme regroupe des rôles d'une même organisation, il ne fait pas dialoguer deux entités indépendantes.
Vous trouverez plus de détails dans notre tutoriel BPMN.
Construire un logigramme
La construction suit un ordre stable. Fixer d'abord le périmètre et le niveau, en nommant le processus, l'événement métier qui le déclenche et son résultat, puis en choisissant la maille, un modèle de haut niveau bâtit le consensus, un modèle fin soutient la mise en œuvre. Un logigramme est plat, un seul niveau par diagramme, avec un connecteur là où un segment se poursuit sur une autre feuille. Ouvrir et fermer sur un terminateur, le modèle le plus simple étant déclencheur, suite d'activités, résultat. Poser la séquence des activités en rectangles dans l'ordre de lecture, en gardant le chemin nominal droit et lisible. Placer les décisions en losanges binaires. Ajouter les formes spécialisées là où elles portent un sens, parallélogramme, document, sous-processus. Valider enfin avec les personnes qui font le travail, en entretien ou en focus group: la valeur d'un logigramme est l'accord qu'il produit, et un modèle jamais confronté au terrain n'est qu'un décor.
Quelques dérives guettent, et elles se préviennent au dessin. La dérive du symbole: parce que les formes sont simples et, en pratique, peu normalisées, les organisations inventent des symboles maison, et le modèle perd la lisibilité universelle qui est son seul avantage; s'en tenir au vocabulaire ISO 5807 la préserve. Le piège du modèle plat: sans imbrication ni numérotation des nœuds, un processus complexe s'étale sur des connecteurs et devient impraticable; s'il cesse de tenir sur une page, il est trop grand pour un logigramme, et il faut le découper, par exemple avec la décomposition fonctionnelle, ou adopter une notation faite pour l'échelle. Les règles coulées dans le flux: le BABOK signale sa limite la plus tranchante, un modèle devient inextricable quand les règles de gestion ne sont pas gérées séparément du processus; mieux vaut extraire ces règles, vers l'analyse des règles métier, que dessiner chaque branche. L'obsolescence, enfin: un logigramme tenu comme simple pièce de documentation s'écarte du réel à mesure que le processus change sans que le dessin suive.
Situer le logigramme parmi les notations voisines évite de lui demander ce qu'il ne sait pas porter. La circulation et la transformation de la donnée dans un système relèvent du diagramme de flux de données, qui modélise le mouvement des données et non l'enchaînement du contrôle. Les quatre notations de la modélisation des processus s'opposent sur les propriétés qui les séparent réellement.
| Notation | Séquence ou périmètre? | Messages franchissant une frontière organisationnelle? | Événements typés? | Exécutable par un moteur? | Sémantique formelle? | Couloirs possibles? |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Logigramme | séquence | non | non | non | non | oui |
| BPMN | séquence | oui | oui | oui | oui | oui |
| Diagramme d'activités UML | séquence | non | non | non | oui | oui |
| IDEF / IGOE | périmètre | non | non | non | oui | sans objet: ni couloirs, ni temps |
Considérations IA
Deux usages tiennent. La première ébauche depuis un texte: un modèle de langue transforme une procédure écrite ou un compte rendu d'entretien en une structure de logigramme, étapes et branches, que l'analyse corrige ensuite, échafaudage rapide pour un état actuel. Le nettoyage de notation: convertir un dessin aux conventions maison vers un jeu ISO 5807 cohérent ou réagencer un flux emmêlé. Le contrôle de cohérence: repérer un losange dont une branche manque, une étape qu'aucun chemin n'atteint, un terminateur sans issue.
Le jugement, lui, ne se délègue pas. Le processus réel n'est pas le processus documenté: un modèle rédige à partir de ce qu'on lui donne, mais seules les parties prenantes connaissent ce qui se passe vraiment, exceptions comprises, et la valeur d'un logigramme est l'accord validé. Décider ce qui est une décision, quelles branches sont des tests binaires et lesquelles sont des règles de gestion à extraire du flux, est un travail d'analyse; s'y tromper, c'est laisser l'outil dessiner fidèlement le modèle inextricable que le BABOK redoute. Le périmètre et le niveau restent un choix humain, un modèle sur-détaillant volontiers un dessin plat jusqu'à le rendre impraticable. Les seuils d'approbation et les rôles d'une entreprise, enfin, sont des données sensibles qui ne se confient pas à un outil qui ne les respecte pas.
Exemples
La procédure d'approbation d'une note de frais dans une PME suisse. Le collaborateur soumet sa note accompagnée du justificatif; le responsable hiérarchique la contrôle; un test tranche, « montant supérieur à CHF 1'000? »; au-delà du seuil, elle part au service des finances pour approbation; en deçà, elle est réglée avec la prochaine paie. Le concept que le dessin rend visible est que le losange est le test, tranché sur place, et que la forme de chaque boîte suffit à dire sa nature.
- Terminateur
- Étape
- Décision
- Entrée / sortie
- Document
- Sous-processus
Trois formes spécialisées font de ce dessin un logigramme: un parallélogramme pour la note soumise, une entrée; un symbole document, à bord inférieur ondulé, pour le justificatif; un rectangle à doubles barres pour le règlement avec la paie, sous-processus traité en détail ailleurs. Rien ne franchit de frontière organisationnelle, tout se joue dans une seule entreprise, et BPMN n'apporterait rien sur cet exemple.
Visualisations
La géométrie est le contenu. La forme d'une boîte porte sa nature, de sorte qu'un rectangle mis à la place d'un parallélogramme énoncerait autre chose, et un losange à trois sorties, une autre notation. Les quatre familles de formes se distinguent donc nettement à l'œil, et les flèches portent une pointe pleine qui donne le sens de lecture. Le dessin se reformate sur un téléphone plutôt qu'il ne déborde, et ses étiquettes sont du texte, sélectionnable et lisible par un lecteur d'écran.
Coût
| Phase | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Préparation | Faible | Nommer le processus, son déclencheur et son résultat, puis réunir les personnes qui le connaissent. Aucun outillage, aucune formation préalable ne conditionnent le premier tracé. |
| Exécution | Faible | Le dessin naît en direct, au tableau ou dans un outil de dessin généraliste; une poignée de formes et de flèches suffit, et c'est cette économie qui fait de la notation un instrument de consensus. |
| Documentation | Moyen | Le coût réel est l'entretien: un logigramme conservé comme documentation dérive du réel dès que le processus change sans que le dessin soit repris, et sa valeur tient à cette mise à jour. |
Outils
Le tableau blanc suffit, et cette économie est une propriété de la technique: une poignée de formes tient sur un paperboard et se dessine devant les gens qui font le travail, ce qui est la raison même pour laquelle un public non technique lit un logigramme sans formation. Les outils de dessin généralistes, Visio, diagrams.net ou Lucidchart, portent des gabarits de logigramme et alignent formes, connecteurs et couloirs; leur apport s'arrête au dessin.
Dès qu'un modèle vit plus longtemps qu'un atelier, une capacité mérite d'être exigée de l'outil, puisque plusieurs contrôles de cohérence sont mécaniquement vérifiables: signaler un losange dont une branche est absente, une étape qu'aucun chemin n'atteint, un terminateur sans issue. Au-delà, si le processus réclame des messages entre organisations, une exécution dans un moteur ou une concurrence réelle, il s'agit alors d'une autre notation.
Sources
- IIBA, A Guide to the Business Analysis Body of Knowledge (BABOK Guide) v3, §10.35 Process Modelling: la définition, la liste des éléments d'un modèle de processus (activité, événement, flux directionnel, point de décision, lien, rôle) et les limites reconnues de la technique.
- ABPMP, Guide to the Business Process Management Common Body of Knowledge (BPM CBOK), §3.3.3 Flow Charting: la filiation ANSI, le modèle plat et ses connecteurs et l'usage de la notation auprès d'un public non technique.
- ABPMP, Guide to the Business Process Management Common Body of Knowledge (BPM CBOK), §3.3.2 Swim Lanes: les couloirs sont une addition notationnelle et non une notation distincte.
- ISO, ISO 5807:1985, Information processing, Documentation symbols and conventions for data, program and system flowcharts: le jeu de symboles lui-même, celui qui fait du parallélogramme une entrée et de la boîte à bord ondulé un document; son ancêtre est la norme ANSI X3.5.
- PMI, A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide), 8e éd., ch.5 Tools and Techniques, « Flowchart »: le cadrage du logigramme comme carte de processus (process map).

