Inspection
L'inspection est l'examen formel et structuré d'un produit de travail par plusieurs relecteurs formés, qui le lisent d'abord individuellement contre une liste de contrôle des défauts, puis mettent leurs constats en commun dans une séance qui les consigne, avant que la reprise soit faite et vérifiée et que le journal se referme: une revue de détection de défauts, la plus formelle des sept. Le BABOK la place en tête de ses sept types de revue et la définit en une phrase: une technique formelle qui comprend une vue d'ensemble du produit de travail, une lecture individuelle, la journalisation des défauts, leur consolidation en équipe et un suivi pour s'assurer que les changements ont été faits et dont le propos est d'éliminer les défauts et de produire un produit de travail de haute qualité (§10.37.3.2). La dernière de ces cinq activités est le discriminant de la technique: des sept définitions que le BABOK donne, une seule porte une étape de suivi. Ce que ce suivi exige est arrêté en séance par l'équipe et consigné: ré-inspecter, faire vérifier par une seule personne ou accepter la correction en l'état. C'est pourquoi l'inspection ne se termine pas quand la salle se vide: la question de la vérification est posée, tranchée et attribuée en séance, puis le journal des défauts ne se referme qu'une fois la disposition exécutée.
Objectif
Une inspection sert à retirer des défauts d'un produit de travail avant qu'ils ne coûtent cher, et le BABOK lui donne ce propos par son nom: éliminer les défauts et produire un produit de travail de haute qualité (§10.37.3.2). Il ajoute dans la même phrase la nuance qu'il faut garder: l'inspection est habituellement conduite par des pairs, et elle peut aussi servir à une revue par les parties prenantes. C'est la plus formelle et la plus systématique des revues par les pairs, écrit Wiegers, et c'est la seule dont il dise qu'elle a été reconnue comme une bonne pratique de l'industrie du logiciel.
Ce que l'inspection achète se paie, et le calcul est explicite chez Wiegers. Les défauts ne sont pas répartis uniformément dans un produit: une étude qu'il cite trouve 58 % des défauts signalés par les clients dans 31 modules sur 425 et une autre que 20 % environ des modules concentrent 80 % environ des défauts. Sa conclusion est la règle de sélection de la technique: employer l'inspection sur les produits de travail à risque élevé et s'appuyer sur des techniques moins chères pour les composants dont le risque est plus faible. Le BABOK dit la même chose de l'autre côté, l'identification précoce des défauts évitant d'avoir à les retirer plus tard dans le cycle de vie, ce qui coûte cher (§10.37.4.1).
Les chiffres qu'il rapporte donnent l'ordre de grandeur du gain. Une entreprise de télécommunications trouvait 16 à 20 défauts par millier de lignes de code par inspection, contre trois lorsque la revue était menée informellement. Chez Ford, les inspections trouvaient 50 % de défauts par millier de lignes de plus que les walkthroughs. Et sur un document d'exigences qui avait déjà circulé plusieurs fois entre relecteurs, une inspection formelle du texte assemblé trouvait une moyenne de 4,5 défauts supplémentaires par page. Une revue en circulation retire les erreurs faciles vite et pour peu cher; l'inspection qui suit se paie sur ce qui reste.
Le tableau des objectifs de Wiegers compare six méthodes de revue sur quatorze objectifs, et il en marque huit pour l'inspection, plus que pour aucune autre (tableau 3-3). La revue formelle en porte sept, la revue informelle sept également, et ce ne sont pas les mêmes sept.
- Éliminer des défauts du produit.
- Vérifier la conformité à une spécification.
- Vérifier la conformité à une norme.
- Établir que le produit est complet et exact.
- Évaluer la lisibilité et la maintenabilité du document.
- Démontrer la qualité d'un composant critique ou à risque élevé.
- Collecter des données pour améliorer le processus.
- Mesurer la qualité du document.
Les deux lignes en gras, Wiegers ne les marque pour aucune des cinq autres méthodes. La première est l'objectif qui justifie la dépense: on inspecte un composant critique pour pouvoir établir, et montrer, qu'il tient. La seconde suppose de compter, et c'est à l'inspection seule que Wiegers réserve la mesure de la qualité du document (tableau 3-3); c'est aussi la seule dont il marque sans réserve la collecte et l'analyse des données (tableau 3-2: oui, là où la revue en équipe reçoit un «peut-être»).
Ce que l'inspection laisse derrière elle, c'est un journal de défauts refermé, une appréciation du produit et des mesures. Le journal et l'appréciation sortent de la séance; le refermement du journal, lui, sort du suivi. La revue formelle prononce une appréciation et s'arrête là (Wiegers, tableau 3-1: correction, oui; vérification, non).
Usage
Quand l'utiliser
- Produit de travail à risque élevé: un défaut découvert plus tard coûte cher à retirer (BABOK §10.37.4.1).
- Une porte qualité ou une approbation doit reposer sur une preuve: seule une revue documentée et vérifiée en laisse une.
- La conformité à une norme doit être démontrée: le tableau 3-3 de Wiegers marque cet objectif pour l'inspection.
- Des mesures de défauts sont attendues: collecter des données et mesurer la qualité du document sont ses objectifs (tableau 3-3).
- Le produit servira de base à d'autres: composant réutilisé, gabarit, modèle de référence, architecture porteuse.
Quand ne pas l'utiliser
- Le produit est encore un brouillon qui bouge: l'inspection suppose un artefact stable. Une revue informelle fait dérouler le brouillon par son auteur et récolte des retours.
- Risque faible ou décision peu coûteuse: la revue la plus chère du spectre ne s'y rembourse pas. Un desk check met un lecteur compétent devant le document, une revue en circulation en met plusieurs, chacun de son côté.
- Ni modérateur formé, ni équipe formée, ni liste de contrôle: la technique repose sur les trois, et sans eux elle produit le résultat d'un walkthrough au prix d'une inspection. Une revue formelle ne demande ni lecteur ni inspecteurs formés.
Description
Les rôles
Le BABOK donne quatre rôles à l'inspection (tableau 10.37.1). L'auteur répond aux questions, écoute et incorpore les changements après la séance. Le relecteur examine le produit contre les objectifs de la revue, et le BABOK précise ce qu'il fait dans une revue de détection de défauts: il examine le produit de travail avant la séance et tient la liste des défauts trouvés comme des suggestions d'amélioration. L'animateur, que le BABOK appelle facilitateur dans ce tableau et modérateur une fois dans sa prose, conduit la séance. Le scribe consigne tous les défauts, suggestions, commentaires, points, préoccupations et questions ouvertes soulevés pendant la séance.
Wiegers, l'IEEE et Fagan disent modérateur. Le BABOK écrit que ce facilitateur neutre ne devrait pas être l'auteur, afin de ne pas compromettre la revue. La règle est plus dure que cela chez les autorités de la pratique: Wiegers écrit que dans une inspection l'auteur n'est pas autorisé à tenir le rôle de modérateur, et l'IEEE 1028-2008, qui définit l'inspection par son nom, distribue cinq rôles (responsable de l'inspection, rapporteur, lecteur, auteur, inspecteur) et pose que l'auteur ne doit tenir aucun des trois premiers.
Le lecteur est le rôle qui sépare l'inspection de tout le reste de la famille. Le matériel est présenté à l'équipe par un participant autre que l'auteur, un petit morceau à la fois. La raison que Wiegers en donne est mécanique: le lecteur permet à l'équipe d'atteindre la même interprétation de chaque portion du produit, parce que chaque inspecteur peut comparer sa compréhension à celle que le lecteur exprime. L'auteur qui déroule son propre document en dit ce qu'il a voulu dire. Un lecteur en dit ce qui est écrit, et l'écart entre les deux est un défaut. Une revue où l'auteur présente est une revue informelle, quel que soit le mot inscrit sur la convocation.
Les critères d'entrée
Wiegers range les critères d'entrée et de sortie explicites parmi les caractéristiques des revues les plus formelles. Concrètement: le produit de travail est complet et stable; il est numéroté par ligne ou par page, faute de quoi un défaut ne peut pas être localisé; la liste de contrôle des défauts existe; les inspecteurs sont désignés et formés; et le modérateur a confirmé que le matériel est prêt. Le BABOK donne d'ailleurs à l'animateur une tâche qui est un critère d'entrée sous un autre nom: il valide que les relecteurs ont examiné le produit de travail avant le début de la séance (tableau 10.37.1).
Les six opérations de Fagan
Les listes d'étapes de l'inspection ne se recouvrent pas, et il faut les nommer à leur source plutôt que les fondre. Le BABOK en nomme cinq dans sa définition (vue d'ensemble, lecture individuelle, journalisation des défauts, consolidation en équipe, suivi). Le tableau 3-1 de Wiegers en marque cinq autres, qui sont des activités et non des étapes (planification, préparation, séance, correction, vérification). Sa prose en décrit sept, en ajoutant l'analyse causale. Le découpage retenu est celui de Fagan, qui a défini la technique en 1976 et dont les six opérations sont celles que le reste de la pratique a reprises.
- Planification
Le modérateur choisit le produit de travail et l'équipe, découpe le matériel en morceaux, fixe le rythme et convoque. Le rythme est un paramètre: au-delà de quelques pages par heure le rendement en défauts s'effondre. - Vue d'ensemble
L'auteur donne à l'équipe le contexte du produit. Fagan en fait une opération, le BABOK la nomme en premier dans ses cinq activités, et elle se saute quand l'équipe connaît déjà le domaine. - Préparation individuelle
Chaque inspecteur examine le produit seul, contre une liste de contrôle des défauts et note ce qu'il trouve. Wiegers écrit que les inspections s'appuient sur des listes de défauts communément rencontrés dans les différents types de produits de travail, et son tableau 3-2 marque pour l'inspection l'usage de ces listes. C'est l'opération qui fait le plus gros du travail et c'est celle que l'on sacrifie en premier. La liste de contrôle est ce qui donne sa forme à cette lecture; sans elle, l'inspecteur lit avec ce qu'il a en tête.La liste de contrôle se fabrique sur place. Une liste générique reprise d'ailleurs décrit les erreurs d'une autre organisation. Celle qui vaut se construit à partir des journaux des inspections passées: on regroupe les défauts déjà trouvés par type et on garde ceux qui reviennent. Chaque ligne retenue devient une question que l'inspecteur pose au document. «Chaque montant plafonné cite-t-il l'article qui le fixe?» «Chaque bande d'âge dit-elle si sa borne est incluse?» «Chaque taux est-il daté?» Une question à laquelle le document ne répond pas est un défaut, et une question qui n'a jamais rien trouvé en trois inspections sort de la liste. L'entretien suit le même rythme: après chaque séance, le modérateur verse le journal dans le corpus, et un défaut apparu trois fois sans figurer sur la liste y entre. Une liste qui ne change jamais a cessé de décrire ce que l'organisation se trompe à écrire. Des sept revues, l'inspection est celle dont la définition nomme la journalisation des défauts (§10.37.3.2), donc la seule à laisser derrière elle le corpus dont ce travail se nourrit.
- Réunion d'inspection
Le lecteur parcourt le produit par petits morceaux (tableau 3-2: granularité du matériel présenté, petits morceaux); les inspecteurs soulèvent ce qu'ils ont trouvé; le scribe journalise chaque point. La séance journalise, et la correction se fait après. La séance se termine sur trois choses: le journal des défauts, l'appréciation du produit (tableau 3-2: appréciation du produit prononcée, oui) et la disposition de la vérification. - Reprise
L'auteur corrige, seul, hors de la séance, et il corrige contre le journal: chaque ligne reçoit une modification ou la raison écrite de n'en avoir reçu aucune. Une ligne que l'auteur conteste remonte au modérateur; elle ne s'efface pas. C'est ici que la séparation entre trouver et réparer se paie: la salle a journalisé sans discuter des solutions, et l'auteur dispose donc du temps, du contexte et du calme pour les trouver. - Suivi
Le modérateur exécute la disposition arrêtée en séance, ligne par ligne, ce qui referme le journal.
La reprise et sa vérification
C'est ici que la technique se distingue, et la formulation exacte compte, parce que la version courte est fausse. Ce que le suivi exige est décidé en séance, par l'équipe et consigné. Wiegers l'écrit sans ambiguïté: à la fin de la réunion d'inspection, l'équipe s'accorde sur une appréciation du produit de travail et juge si les changements que l'auteur fera pendant la reprise doivent être vérifiés par une seconde inspection, par une seule personne ou pas du tout. Fagan dit la même chose: une correction triviale peut être acceptée sans vérification, et un cas non trivial appelle une ré-inspection complète par l'équipe.
La vérification de la reprise est donc une disposition, arrêtée cas par cas. Ce que l'inspection possède en propre: elle est la seule des sept revues du BABOK dont la définition porte une étape de suivi, la question de la vérification y est posée, tranchée et attribuée, et le journal se referme sur la réponse. Ailleurs, la question reste hors de la technique. Une trouvaille de revue formelle qui doit survivre à la séance entre au suivi des items, et c'est un autre outil, tenu par quelqu'un d'autre, qui la porte. Dans une inspection, la trouvaille ne quitte pas la technique avant d'être close.
Ce que le modérateur fait sous chacune des trois dispositions
Sous ré-inspection, il reconvoque l'équipe ou la partie de l'équipe qui a soulevé les défauts visés, sur les seules portions reprises: le lecteur reparcourt ce qui a changé, l'équipe vérifie que la correction règle le défaut et n'en introduit pas d'autre, puis les lignes concernées se ferment en séance. Sous vérification par une seule personne, il désigne le vérificateur, le plus souvent lui-même, parfois l'inspecteur qui a trouvé le défaut, et celui-ci compare la version reprise au journal, ligne à ligne, puis signe. Sous accepté tel quel, il n'y a rien à vérifier: la ligne se ferme sur la modification déclarée par l'auteur, et la disposition elle-même est la trace de ce que l'équipe a jugé. Dans les trois cas, la ligne porte à la fin un vérificateur, une date et un état, et une ligne à laquelle il manque l'un des trois est ouverte, quoi que l'auteur en dise.
Les critères de sortie tiennent en une phrase: le journal des défauts est refermé selon la disposition arrêtée en séance, et l'appréciation du produit tient.
Les mesures
Le tableau 3-2 de Wiegers marque la ligne données collectées et analysées pour l'inspection: oui. Pour la revue en équipe, qui est la revue formelle du BABOK, il écrit peut-être. Pour le walkthrough, qui est la revue informelle, non. Son tableau 3-3, qui est un tableau d'objectifs et non d'activités, ne marque collecter des données pour améliorer le processus que pour deux méthodes, l'inspection et la revue en équipe, et il réserve mesurer la qualité du document à l'inspection seule. Ces deux lignes sont dans deux tableaux différents et elles disent deux choses différentes: l'une est une caractéristique de la technique, l'autre une raison de la convoquer.
Ce qui se calcule, à partir du journal et de la feuille de présence: le nombre de défauts par page, la densité de défauts par gravité, le rythme d'inspection en pages par heure et l'effort par défaut trouvé. Une organisation qui inspecte trois documents comparables possède une base de comparaison; une qui n'inspecte pas possède des impressions. C'est la troisième raison d'inspecter que cite Wiegers d'après l'IEEE: fournir des mesures sur les défauts et sur l'effort d'inspection qui permettent d'améliorer à la fois le processus d'inspection et le processus d'ingénierie de l'organisation. Wiegers ajoute d'ailleurs à son propre processus d'inspection une septième étape, l'analyse causale, qui est ce que l'on fait de ces mesures: chercher pourquoi les défauts trouvés ont été écrits.
Où se situe l'inspection
Le BABOK liste ses sept types de revue par formalité décroissante et qualifie les trois premiers de techniques formelles, les quatre suivants de techniques informelles (§10.37.3.2). Deux questions binaires traversent ce classement: la séance est-elle planifiée, le relecteur examine-t-il le produit seul avant de parler? L'inspection répond oui aux deux, et elle y est indistinguable de la revue formelle et de la revue technique. Une troisième question les sépare: la définition de la technique comporte-t-elle une étape de suivi de la reprise? Sur les sept définitions du BABOK, une seule la porte.
La troisième question repose sur une élimination. Le tableau 3-1 de Wiegers marque la vérification pour l'inspection et il la refuse à la revue en équipe, au walkthrough, au desk check groupé avec la revue en circulation et à la revue ad hoc. Son spectre ne comporte pas de ligne pour la revue technique, qui vient de la tradition IEEE et ISO. La couverture de cette case-là est donc celle du BABOK: chacun de ses sept types reçoit une définition d'une phrase, et l'étape de suivi n'apparaît que dans une seule d'entre elles. C'est un fait sur le texte du BABOK, qui ne dit rien des six autres sur ce point. Le tableau 3-1 de Wiegers marque par ailleurs la vérification pour la programmation en binôme, qui n'est pas une des sept revues du BABOK et que Wiegers lui-même range hors de la catégorie.
Les pièges
Corriger en séance
La séance journalise, et le premier défaut intéressant emporte l'heure si le modérateur le laisse faire. Le prix d'une inspection est le prix de tout le monde dans la salle en même temps, et discuter d'une correction est exactement le travail que l'auteur fera seul, plus tard, moins cher.
Des inspecteurs qui n'ont pas préparé
Le BABOK confie à l'animateur la validation que les relecteurs ont examiné le produit de travail avant le début de la séance (tableau 10.37.1), et c'est la seule tâche de la technique qui se fasse avant que la salle ne se remplisse. Quatre inspecteurs qui découvrent le document en séance produisent une première lecture collective, au prix d'une inspection.
Inspecter l'auteur
Le BABOK pose la règle en une phrase: chaque revue porte sur un produit de travail et non sur les compétences ou les actions des participants (§10.37.2). Une inspection qui devient une évaluation de personne cesse de produire des défauts, parce que plus personne n'en signale.
Le supérieur hiérarchique dans la salle
Le BABOK écrit que lorsqu'un supérieur ou un responsable est relecteur, le modérateur veille à ne pas affecter défavorablement le niveau de franchise des autres participants ni à influencer indûment les décisions de l'équipe (§10.37.3.3). La formulation est prudente et elle le reste ici: c'est une vigilance du modérateur, et c'est à lui de décider si la présence est tenable.
Trop de pages par heure
Le rythme est le paramètre qui détruit silencieusement le rendement. Une inspection qui avale trente pages en deux heures a coûté ce que coûte une inspection et rendu ce que rend une relecture.
Sauter le suivi
La seule opération qui distingue la technique est celle qui tombe sous la pression du calendrier.
Laisser l'auteur présenter
Wiegers ouvre son chapitre sur une organisation qui avait transformé son processus de walkthrough en processus d'inspection en remplaçant partout le mot walkthrough par le mot inspection. Le lecteur, la préparation individuelle, la liste de contrôle et le suivi sont ce que le mot désigne. Sans eux, il ne désigne rien.
Considérations IA
L'inspection sépare trouver de décider, et c'est cette séparation qui dit où un modèle de langage sert et où il ne peut pas entrer.
La préparation individuelle
C'est l'opération que l'IA change le plus. Un modèle qui lit une spécification contre une liste de contrôle des défauts fait exactement la moitié mécanique de ce travail: les contradictions internes, les termes employés sans être définis, une règle énoncée deux fois avec deux seuils différents, un cas limite absent, une figure que le texte ne recoupe pas. Il produit des défauts candidats, pour rien, avant qu'une heure humaine ne soit dépensée. L'inspecteur consacre alors sa lecture à ce que seul un lecteur du métier peut voir.
Fabriquer la liste de contrôle à partir de l'historique
L'inspection laisse derrière elle un corpus de défauts journalisés, et c'est le seul corpus dont dispose une organisation pour savoir ce qu'elle se trompe à écrire. Un modèle regroupe les journaux passés, rapproche les formulations différentes d'un même défaut et fait remonter ce qui revient, ce qui est le travail que personne ne fait à la main entre deux inspections.
Consolider et dédoublonner
Plusieurs inspecteurs journalisent le même défaut dans des mots différents, et fusionner ces lignes est un travail ingrat que la séance fait à la main.
Instruire le suivi
Comparer le produit repris au journal des défauts, ligne à ligne, pour montrer que chaque défaut journalisé a une modification en face, est une vérification mécanique. C'est aussi l'opération que les équipes sautent parce qu'elle est fastidieuse, ce qui en fait la meilleure candidate de la technique.
Ce qu'un modèle ne peut pas faire
L'appréciation du produit est le jugement d'un groupe de gens qualifiés. La gravité d'un défaut est contextuelle, et Wiegers le dit: qu'un défaut soit majeur ou mineur dépend de son contexte et de l'impact qu'il aurait s'il restait non corrigé; un modèle ignore ce que le produit commande. Un défaut candidat produit par un modèle reste un candidat, et il entre dans la préparation, jamais dans le journal directement: sur une règle de métier, un taux de conversion LPP ou une déduction de coordination, le modèle est confiant et faux là où le lecteur est le moins armé pour le contredire. Un modèle ne peut pas non plus être le modérateur, ni fournir la propriété sur laquelle la technique est bâtie, qui est un examen fait par quelqu'un qui n'est pas l'auteur et qui répond de l'avoir fait.
La protection des données
Une spécification de calcul de prestations porte des règles internes et souvent des données de personnes. Elle ne part pas dans un service qui s'entraîne sur ce qu'on lui donne, et la règle de l'organisation, quel modèle, quelles données, hébergé où, se fixe avant que le produit ne parte aux inspecteurs.
Exemples
Ce que produit une inspection est un journal de défauts dont la dernière colonne se referme.
| # | Emplacement | Défaut | Gravité | Reprise | Vérification |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | §4.2, p. 11 | Le taux de conversion est figé à 6,0% dans la formule de rente. | Majeur | Rétabli à 6,8%, le taux de conversion minimal LPP (art. 14 al. 2 LPP; la réforme qui l'aurait abaissé a été rejetée en votation le 22 septembre 2024). | Ré-inspection du chapitre 4 |
| 2 | §4.1, p. 10 | Le salaire coordonné est plafonné à CHF 90'720. | Majeur | Plafonné à CHF 64'260, qui est la limite supérieure du salaire annuel (CHF 90'720) moins la déduction de coordination (CHF 26'460). | Ré-inspection du chapitre 4 |
| 3 | §4.1, p. 10 | Le plancher du salaire coordonné est absent: un bas salaire ressort avec un salaire coordonné de 0. | Majeur | Plancher de CHF 3'780 ajouté (salaire coordonné minimal annuel). | Vérifié par une personne (le modérateur) |
| 4 | §3.3, p. 8 | La déduction de coordination est appliquée avant le test du seuil d'entrée. | Majeur | Ordre rétabli: le seuil d'entrée (CHF 22'680) se teste sur le salaire annuel, la déduction s'applique ensuite. | Vérifié par une personne (le modérateur) |
| 5 | §5.1, p. 14 | Le tableau des taux est intitulé «Taux de cotisation», alors qu'il porte les bonifications de vieillesse de l'art. 16 LPP (25-34 ans: 7 %; 35-44: 10 %; 45-54: 15 %; 55-65: 18 %). Les quatre valeurs sont exactes; l'intitulé désigne autre chose, et le développeur qui lit ce chapitre seul ira chercher un taux de cotisation qui n'y est pas. | Mineur | Intitulé remplacé par «Bonifications de vieillesse (art. 16 LPP)»; les quatre taux restent inchangés. | Accepté tel quel |
Quarante et un défauts sur les douze pages inspectées, soit 3,4 défauts par page. Douze pages parcourues en trois heures de séance, soit quatre pages par heure. Ces deux nombres sont ce qu'aucune des six autres revues du BABOK ne peut fournir.
| Appréciation | Le chapitre 4 n'est pas apte à la mise en œuvre en l'état. |
|---|---|
| Ce que le suivi exige | Les défauts qui touchent la formule de rente, dont 1 et 2: ré-inspection du chapitre 4 par l'équipe. Les défauts bornés à une règle isolée, dont 3 et 4: vérification par le modérateur seul. Les défauts éditoriaux, dont 5: acceptés tels quels. |
| Ce qui sort de la technique | La question du taux d'intérêt minimal (§6), soulevée en séance et sans défaut identifié, entre au suivi des items. |
L'inspection se termine quand la colonne «Vérification» est refermée sur chacune des 41 lignes. La disposition a été arrêtée en séance, ligne par ligne, et elle n'est pas la même pour toutes.
Visualisations
Le spectre de formalité est un objet spatial: sept types placés sur un axe, trois marques par case. Les deux premières portes ne séparent pas l'inspection de ses deux voisines formelles, et la troisième l'isole seule. Un axe et des positions ne se rendent pas en cellules.
Le processus de l'inspection est fait de boîtes et de flèches, et l'une de ces flèches revient d'où elle vient: le suivi rend le produit de travail à l'équipe ou l'en libère, selon la disposition arrêtée en séance. Une boucle ne se rend ni en prose ni en tableau. L'étiquette de cette flèche porte les trois dispositions possibles, ce qui est la seule manière de montrer que le suivi est une décision.
Le journal des défauts se rend en cellules, lignes et colonnes. Sa dernière colonne est ce que la technique produit et qu'aucune autre revue de la famille ne produit: les six autres rendent des commentaires, un jeu consolidé de trouvailles, une résolution, un exemplaire annoté ou rien du tout. Le choix entre les sept relève de la technique des revues.
Coût
| Phase | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Préparation | Élevé | Le tableau 3-1 de Wiegers marque pour l'inspection la planification et la préparation. Le modérateur découpe le matériel, fixe le rythme et convoque; la liste de contrôle doit exister; l'équipe doit avoir été formée à la technique. Et chaque inspecteur lit le produit, seul: le coût d'une lecture complète, multiplié par le nombre d'inspecteurs, payé avant que la salle ne se remplisse. |
| Exécution | Élevé | Plusieurs personnes dans la même salle au même moment, sur un produit présenté par petits morceaux, à quelques pages par heure. Le nombre de séances croît donc avec la taille du produit. Le BABOK écrit que les revues en équipe rigoureuses demandent du temps et de l'effort, et que seuls les produits de travail les plus critiques pourraient donc être revus par une inspection ou un walkthrough formel (§10.37.4.2). |
| Documentation | Élevé | Le scribe journalise en séance (tableau 10.37.1). L'appréciation se consigne, la disposition de la vérification se consigne ligne par ligne, la reprise se vérifie et le journal se referme. C'est la seule des sept revues dont la définition porte encore une étape une fois la salle vide. C'est aussi la plus chère des sept: le travail des six autres finit quand leurs trouvailles quittent la salle, celui de l'inspection continue jusqu'à ce que le journal soit clos. |
Outils
L'inspection demande d'abord un produit de travail localisable. Un défaut se journalise à un endroit, et un document sans numéros de ligne ou de page ne donne pas cet endroit: l'export paginé, ou l'outil qui expose des ancres stables, est la première condition de la technique. C'est aussi ce qui permettra au suivi de retrouver ce qu'il doit vérifier.
Elle demande ensuite une liste de contrôle des défauts, qu'un tableur suffit à porter, et un journal des défauts qui porte l'emplacement, le défaut, la gravité, la reprise et la vérification. Un tableur partagé le fait aussi. Ce qui sort de la technique, une question ouverte, une décision à prendre ailleurs, relève du suivi des items.
Elle demande enfin de quoi compter. Les mesures de l'inspection se calculent depuis le journal et la feuille de présence, et un tableur les tient tant qu'il y en a peu. Elles ne valent que comparées, donc le format se fixe à la première inspection et ne bouge plus.
Les outils spécialisés de l'inspection sont ceux des revues documentées. Une plateforme de relecture, un fil de commentaires de pull request, le fil de révision d'un document: les trois portent la même chose et rendent la même chose à l'inspection. Ils donnent des ancres stables ligne à ligne, et ils les donnent sans export paginé. Ils accrochent le fil du défaut à l'endroit du défaut plutôt qu'à une ligne de tableur: le débat sur le défaut 12 est lu à côté du texte qu'il conteste, et l'auteur qui reprend voit ce que l'inspecteur voyait. Et ils portent un état de vérification qui s'assigne, se date et se ferme, ce qui est le discriminant de la technique traduit en exigence d'outillage: sous ré-inspection, le fil reste ouvert jusqu'à la seconde séance; sous vérification par une personne, il porte le nom du vérificateur et la date de sa signature; sous accepté tel quel, il se ferme sur la modification de l'auteur.
Ce que ces outils ne fournissent pas, c'est le rythme. Une plateforme accepte trente pages en deux heures, et c'est au modérateur de découper. Le tableau des mesures reste par ailleurs à tenir à côté: un fil de commentaires sait dire qu'un défaut est clos, il ne sait pas dire combien de défauts par page l'organisation trouve.
À distance, la technique tient à deux conditions: le lecteur partage son écran et avance par petits morceaux au rythme convenu, et le journal est visible de tous pendant la séance, de sorte que chacun voie ce que le scribe a écrit de ce qu'il a dit. Rien dans l'inspection ne dépend d'un artefact physique.
Sources
- IIBA, A Guide to the Business Analysis Body of Knowledge (BABOK Guide) v3, §10.37 Reviews (§10.37.2, l'objet de la revue; §10.37.3.1, les sept objectifs; §10.37.3.2, les sept types et la définition de l'inspection; §10.37.3.3, la conduite de la revue; tableau 10.37.1, les rôles; §10.37.4, forces et limitations).
- Karl E. Wiegers, Peer Reviews in Software: A Practical Guide, Addison-Wesley, 2002, chapitre 3, «Peer Review Formality Spectrum» (tableau 3-1, activités par type de revue; tableau 3-2, caractéristiques comparées; tableau 3-3, objectifs et méthodes; les caractéristiques des revues les plus formelles, les rôles, le lecteur, la disposition de la vérification et les données d'efficacité).
- M. E. Fagan, «Design and code inspections to reduce errors in program development», IBM Systems Journal 15(3), 1976, 182-211 (les six opérations, la reprise et le suivi).
- IEEE, IEEE Std 1028-2008, IEEE Standard for Software Reviews and Audits (la définition de l'inspection, ses cinq rôles et l'exclusion de l'auteur).
- ISO/IEC, ISO/IEC 20246:2017, Software and systems engineering: Work product reviews (l'inspection parmi les types de revue les plus rigoureux de la norme).

