Chantier kaizen
Le chantier kaizen, en anglais kaizen event, kaizen blitz ou kaizen workshop, est une séance d'amélioration d'un à sept jours pendant laquelle une équipe transverse analyse un processus précis, y teste des changements et met en place ceux qui tiennent. Kaizen signifie amélioration en japonais; le Lean l'emploie au sens d'amélioration continue. Masaaki Imai a fait connaître le terme en Occident en 1986. L'équipe réunit des personnes qui font le travail, leurs responsables et des experts. Elle travaille au gemba, le lieu où se fait le travail. Elle standardise le nouveau processus, présente ses résultats à la direction, puis vérifie que le gain tient, par exemple à 30 et à 90 jours.
Objectif
Le chantier kaizen est une séance d'amélioration limitée dans le temps: une équipe transverse laisse la plupart de ses tâches courantes pendant un à sept jours pour changer un processus précis. L'agence américaine de protection de l'environnement (EPA) observe que l'équipe met souvent en place les améliorations retenues dans les 72 heures après le début du chantier.
Le chantier tranche une question: quels changements adopter sur ce processus, parmi ceux que l'équipe peut tester sur place? L'EPA précise que l'équipe privilégie des solutions sans gros investissement. Ce qui exige un budget, un développement informatique ou l'accord d'un tiers sort du chantier et part à la direction.
L'équipe livre le processus modifié, son standard écrit et les mesures d'avant et d'après. Elle présente ses résultats à la direction à la fin du chantier, comme le décrit le Lean Enterprise Institute (LEI). Elle laisse une liste d'actions restantes, chacune avec un responsable et une échéance, qu'elle suit jusqu'au dernier contrôle.
Usage
Quand l'utiliser
- Goulot, retard ou dossiers en attente sur un processus circonscrit: l'EPA les cite parmi les cibles d'un chantier.
- Qualité sous les attentes du client dans une zone précise: retours, erreurs de saisie ou rebuts se mesurent avant et après.
- Zone marquée d'un éclair kaizen sur une carte de value stream mapping: l'éclair signale une zone à traiter, qui devient un chantier candidat.
- Processus administratif aussi bien que production: l'EPA cite les deux; un circuit de visa se change comme une ligne de production.
- Changement à la portée de l'équipe: ordre des étapes, formulaires, règles internes, disposition des postes, sans gros investissement.
- Personnes qui font le travail libérables plusieurs jours: l'équipe doit être au gemba, à plein temps ou presque.
- Responsable prêt à entendre ses collaborateurs le contredire: l'analyse repose sur ce que voient ceux qui font le travail.
Quand ne pas l'utiliser
- Processus instable, sans standard, avec pannes ou absences fréquentes: stabiliser d'abord, par la maintenance, la présence des équipes et un standard de travail écrit.
- Solution qui passe par un investissement ou un développement de plusieurs mois: ouvrir un projet avec une charte de projet et un business case.
- Amélioration attendue au quotidien, par petits pas: installer une routine comme le Toyota kata plutôt qu'une suite de chantiers.
Description
L'EPA découpe le chantier en trois phases: préparer, conduire le chantier, suivre. Elle ajoute que chaque organisation adapte et réordonne ces activités. Le LEI décrit le déroulé d'un chantier type d'une semaine. Les participants apprennent la démarche et les principes Lean utiles au problème, vont au gemba pour constater les conditions réelles, puis changent le processus et le testent. Ils standardisent ensuite le processus et présentent les résultats à la direction. Les deux descriptions suivent le même ordre.
- Charte
- Zone et problème
- Équipe et remplacements
- Chiffres de départ
- État actuel au gemba
- Mesures
- Gaspillages
- Essais
- Standard
- Présentation à la direction
Préparer le chantier
Le responsable du processus et le sponsor, le membre de la direction qui porte le chantier, choisissent d'abord la zone. L'EPA cite comme cibles une zone où s'accumule le travail en cours, un processus administratif ou de production avec des goulots ou des retards, une zone dont la qualité ne répond pas aux attentes du client ou une activité à fort impact financier. Dans cette zone, ils retiennent un problème précis: réduire un délai, améliorer la qualité, augmenter le rendement.
Ils écrivent une charte d'une page, par exemple pour un chantier fictif sur le circuit des factures fournisseurs d'un hôpital.
| Rubrique | Contenu |
|---|---|
| Processus et bornes | Circuit des factures fournisseurs, de la réception de la facture à sa mise en paiement |
| Indicateur principal | Délai de la réception à la mise en paiement: 12 jours ouvrables, cible 6 au plus |
| Autres indicateurs | Temps de traitement par facture en comptabilité: 18 min, cible 12 au plus. Factures en attente de visa: 640, cible 200 au plus. Escomptes perdus par mois: CHF 3'400, cible CHF 800 au plus. |
| Dates | Chantier du lundi au vendredi. Contrôles à J+30 et à J+90. |
| Sponsor et responsable du processus | Le directeur financier. La cheffe de la comptabilité fournisseurs. |
| Équipe | Deux gestionnaires de la comptabilité fournisseurs, un chef de service qui vise les factures, un acheteur, un spécialiste de l'ERP, une personne d'un autre service pour le regard extérieur |
| Mandat: ce que l'équipe change seule | Ordre des étapes, formulaires, règles internes du circuit |
| Hors mandat | Paramétrage de l'ERP, délégations de signature, budget |
| Contrôles à ne pas toucher sans leur propriétaire | Visas exigés par le système de contrôle interne (SCI), avec la responsable du contrôle interne. Droits d'accès à l'ERP, avec le responsable de la sécurité informatique. |
Un mandat écrit évite de découvrir le troisième jour qu'une solution testée ne sera jamais autorisée.
L'EPA juge important d'inclure dans l'équipe les personnes qui travaillent dans le processus ciblé. Des personnes extérieures au processus peuvent compléter l'équipe pour y apporter un regard neuf. Le LEI y compte des experts, des consultants, des opérateurs et leurs responsables directs. Chaque membre connaît la démarche ou y est formé avant le premier jour. Le responsable hiérarchique organise le remplacement des membres avant le chantier.
L'équipe gagne une journée si les chiffres de départ sont prêts avant le premier jour: délais, volumes, erreurs, extraits du système. L'EPA place cette collecte pendant le chantier; la faire en amont libère le temps de l'analyse. La logistique se règle aussi en amont: une salle proche du gemba, les accès aux systèmes, les personnes à solliciter pour les essais.
Conduire le chantier
- Comprendre l'état actuel. L'équipe va au gemba et suit le travail du début à la fin: une pièce, une facture, un dossier. Pour décrire l'état actuel, l'EPA cite le value stream mapping et les cinq pourquoi. Le but est que chaque membre voie le même problème.
- Mesurer. Chaque membre reçoit une tâche de relevé. En production, l'EPA cite la qualité, les rebuts et leur origine, les distances parcourues, les changements de série, les goulots et le travail en cours. Au bureau, l'équipe relève les délais, les transferts entre services, les dossiers en attente, les retours et le temps de traitement par dossier.
- Repérer les gaspillages. L'équipe demande quel est le but du processus, puis si chaque étape y contribue. Elle note chaque gaspillage observé: attente, transfert, double saisie, contrôle redondant, correction.
- Chercher et tester. L'équipe cherche des solutions en brainstorming, puis les teste sur place ou sur une maquette du processus. Au bureau, l'équipe fait passer vingt dossiers réels par la nouvelle séquence. Elle retient les solutions qui tiennent à l'essai et les met en place.
- Mesurer le nouvel état. Selon l'EPA, l'équipe relève les nouveaux temps de cycle et chiffre les gains. Certains gains se lisent dès le chantier, comme le temps de traitement. D'autres, comme un délai de bout en bout, ne se mesurent qu'après quelques semaines.
- Standardiser. Taiichi Ohno, le créateur du système de production Toyota, disait qu'il n'y a pas de kaizen sans standard, rapporte le LEI. Ceux qui font le travail écrivent le standard: l'ordre des étapes, qui fait quoi, le temps prévu, le contrôle qui reste. Le responsable du processus en devient le propriétaire.
- Présenter les résultats. L'équipe présente à la direction les mesures d'avant et d'après, le standard, les actions ouvertes et les dates des contrôles. La direction tranche ce qui sortait du mandat.
Une répartition sur cinq jours
Aucune des sources citées ne fixe de répartition jour par jour. L'équipe resserre ou étire la répartition d'usage d'un chantier de cinq jours selon la durée retenue.
| Jour | Travail | En main le soir |
|---|---|---|
| 1 | Rappel de la démarche et de la charte. Visite du gemba. Carte de l'état actuel. | Carte de l'état actuel, validée par ceux qui font le travail |
| 2 | Relevés, gaspillages, causes des principaux écarts. | Mesures de départ, liste des gaspillages |
| 3 | Solutions, premiers essais sur place. | Solutions testées, retenues ou écartées |
| 4 | Mise en place, mesure du nouvel état, corrections. | Processus modifié, premières mesures d'après |
| 5 | Standard écrit, liste des actions, présentation des résultats. | Standard, actions avec responsables, dates des contrôles |
Suivre à 30 et à 90 jours
Après le chantier, l'équipe suit les indicateurs de la charte pour documenter le gain. L'EPA mentionne des séances de suivi, parfois tenues 30 et 90 jours après le chantier, pour évaluer la performance et décider des ajustements. Les personnes qui travaillent dans le processus y donnent leur avis. Selon l'EPA, les résultats s'affichent souvent sur un tableau visible de tous. Les actions ouvertes se suivent de la même façon, par exemple sur un tableau kaizen: chaque action y figure avec son responsable et son état.
À 30 jours, le contrôle repère un retour à l'ancienne façon de faire tant qu'il est récent. À 90 jours, il vérifie que le gain a tenu. Sans suivi, selon le LEI, les gains du chantier se perdent vite, parce que collaborateurs et responsables reviennent à leur ancienne façon de travailler. Le responsable du processus tient donc les contrôles, et l'équipe du chantier y revient.
Chaque contrôle compare les indicateurs à leur cible et passe en revue les actions échues ou en retard. Le responsable du processus retourne aussi au gemba vérifier que le standard est appliqué. Un standard que personne ne suit annonce le retour à l'ancien circuit avant que les indicateurs le montrent.
Les erreurs courantes
Compter les chantiers. Le LEI cite ce mode d'échec: l'indicateur suivi devient le nombre de chantiers tenus, à la place des résultats du processus. Une organisation qui annonce vingt chantiers par an ne dit rien de ses délais.
Confier le chantier aux experts. Le LEI cite deux échecs liés: la direction n'implique pas les personnes qui font le travail, ou des ingénieurs éloignés du travail quotidien mènent l'amélioration à la place des responsables et des opérateurs. Le standard qui en sort n'a pas de propriétaire au gemba.
Lancer le chantier sur un processus instable. Le LEI demande à la direction d'établir d'abord un fonctionnement stable: les machines marchent, les personnes sont présentes, les tâches se répètent. Sur un processus instable, l'équipe ne sait pas si l'écart mesuré vient de son changement ou du hasard.
Prendre un périmètre trop large. Une chaîne de valeur entière ne se change pas en une semaine. L'équipe passe le chantier à cartographier et n'essaie rien. La charte fixe une première et une dernière étape pour cette raison.
Rappeler les membres à leur poste. Un membre qui repart chaque après-midi traiter ses urgences manque les essais. Le remplacement organisé en amont règle ce point.
Supprimer un contrôle sans vérifier à quoi il servait. L'EPA avertit qu'un chantier peut produire des changements contraires aux exigences environnementales. Elle recommande de consulter le personnel chargé de l'environnement. Le même risque vaut pour la sécurité au travail, la protection des données et le système de contrôle interne (SCI). Un visa jugé redondant peut être le contrôle que l'organe de révision attend: en contrôle ordinaire, celui-ci vérifie s'il existe un SCI. Avant de supprimer un visa ou un contrôle, l'équipe demande à son propriétaire ce qu'il couvre. La charte nomme ces propriétaires.
Frontières avec les méthodes voisines
L'atelier réunit les parties prenantes pour produire une décision ou un document. Le chantier kaizen change le processus pendant la séance et le mesure.
Le value stream mapping dessine toute une chaîne de valeur et marque sur la carte, par des éclairs kaizen, les zones à traiter. Chaque éclair peut devenir un chantier. Dans le chantier, l'équipe cartographie le segment ciblé.
La visite gemba, ou gemba walk, conduit un responsable sur le lieu du travail pour observer et poser des questions, sans changer le processus pendant la visite. Le chantier va au gemba pour changer ce qu'il y voit. Un chantier peut appliquer le 5S, méthode qui ordonne et entretient un poste de travail, quand le désordre du poste cause le gaspillage.
Le LEI rappelle que les chantiers développent les compétences, mais que la direction ne doit pas compter sur eux seuls. L'amélioration quotidienne oblige les responsables à développer la résolution de problèmes au plus près du travail. Le Toyota kata en est une routine. Le chantier traite un problème ponctuel; le kata entretient l'amélioration jour après jour.
Considérations IA
Avant le chantier, un assistant prépare les chiffres de départ. Il extrait des journaux d'un ERP ou d'un outil de tickets les délais, les volumes, les boucles de retour et les étapes où les dossiers attendent. L'équipe contrôle l'extrait sur quelques dossiers suivis à la main: un horodatage qui ne correspond à aucune étape réelle fausse la mesure de départ. L'assistant peut aussi rédiger un premier jet de la charte à partir de la demande du sponsor.
Pendant le chantier, il met au propre la carte de l'état actuel photographiée au mur, la liste des gaspillages et les notes d'observation. À la fin, il rédige le standard et la présentation à partir des décisions de l'équipe et les traduit en allemand pour un site alémanique. L'équipe relit chaque étape du standard: une étape oubliée devient un écart au premier contrôle.
Un assistant qui propose des solutions à partir des seules données remplace ce que le chantier va chercher au gemba: ce que voient ceux qui font le travail. Il produit des solutions plausibles que personne dans la salle ne défend.
Le chantier mesure le processus. Un temps de traitement par personne, tiré des journaux d'un système, mesure des collaborateurs. L'équipe relève les temps par étape et par dossier, sans les rattacher à un collaborateur.
Exemples
Un chantier fictif de cinq jours porte sur le circuit des factures fournisseurs d'un hôpital régional romand. Le tableau en suit les indicateurs avant le chantier, à sa fin, à J+30 et à J+90.
| Indicateur | Avant | Fin du chantier | J+30 | J+90 | Cible |
|---|---|---|---|---|---|
| Étapes du circuit, de la réception au paiement | 14 | 8 | 8 | 8 | sans cible |
| Temps de traitement par facture en comptabilité (min) | 18 | 10, sur 60 factures des jours 4 et 5 | 11 | 10 | 12 au plus |
| Délai de la réception à la mise en paiement (jours ouvrables) | 12 | non mesurable en une semaine | 9 | 5 | 6 au plus |
| Factures en attente de visa | 640 | 590 | 420 | 170 | 200 au plus |
| Escomptes perdus par mois | CHF 3'400 | non mesurable en une semaine | CHF 2'100 | CHF 500 | CHF 800 au plus |
Au contrôle J+30, trois indicateurs dépassent leur cible: le délai, les factures en attente de visa et les escomptes perdus. L'équipe en trouve la cause: quatre services, dont la radiologie, visent encore les factures sur papier. La cheffe de la comptabilité fournisseurs fait ouvrir par le responsable de la sécurité informatique l'accès au visa électronique pour les chefs de ces quatre services, avec une échéance à J+45. Au contrôle J+90, les trois indicateurs sont dans la cible.
Le délai de bout en bout et les escomptes perdus n'ont pas de valeur à la fin du chantier. Ils ne se lisent qu'une fois des factures passées en entier par le nouveau circuit. Une présentation qui les chiffre le vendredi les a estimés.
Visualisations
Le schéma des trois phases place le chantier entre sa préparation et son suivi, avec les contrôles à 30 et à 90 jours sur l'axe du temps. Il montre que les jours du chantier n'en sont que la partie centrale. La charte tient sur une page le mandat de l'équipe et ce qui reste hors de sa portée. La répartition sur cinq jours dit ce que l'équipe a en main chaque soir. Le tableau de suivi fait apparaître l'écart repéré à J+30 et sa correction à J+90.
Coût
| Dimension | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Préparation | Moyen | Charte, sponsor, choix de l'équipe, remplacement des membres à leur poste et chiffres de départ, dans les semaines qui précèdent. |
| Exécution | Élevé | Une équipe entière presque à plein temps pendant un à sept jours, souvent cinq, avec les essais sur le processus réel. |
| Documentation | Moyen | Standard écrit, présentation à la direction, puis mesures et actions tenues jusqu'au contrôle à 90 jours. |
Outils
Un chantier se conduit avec peu de matériel: du papier kraft et des notes adhésives pour la carte de l'état actuel, un chronomètre pour les temps, un tableur pour les mesures. Un tableau blanc en ligne remplace le mur quand une partie de l'équipe travaille à distance, mais le gemba se visite sur place.
Pour un processus administratif, les journaux d'un ERP ou d'un outil de tickets fournissent les délais de départ. Un logiciel de process mining reconstitue le circuit réel à partir de ces journaux et se justifie quand le processus traite des milliers de dossiers par mois. Il montre où les dossiers attendent. La cause de l'attente se voit au gemba.
Le suivi tient sur un tableau affiché dans la zone, physique ou électronique, qui porte les indicateurs et les actions ouvertes. La présentation des résultats tient souvent sur une feuille A3.
Sources
- U.S. Environmental Protection Agency, Lean Thinking and Methods: Kaizen: les trois phases du chantier, sa durée d'un à sept jours, le choix de la cible, la composition de l'équipe, la mise en place dans les 72 heures, le suivi à 30 et 90 jours et le risque environnemental.
- Lean Enterprise Institute, Kaizen: A Resource Guide: la durée courante de cinq jours, l'introduction du kaizen en Occident par Imai en 1986, la citation d'Ohno sur le standard, la stabilité préalable et les modes d'échec du chantier.
- Lean Enterprise Institute, Kaizen Workshop: la composition de l'équipe et le déroulé d'un chantier type, de la visite du gemba à la présentation des résultats à la direction.
- Imai, Masaaki (2012), Gemba Kaizen: A Commonsense Approach to a Continuous Improvement Strategy, 2e édition, McGraw-Hill; 1re édition 1997: le livre dans lequel Imai, qui a fait connaître le terme kaizen en Occident, décrit l'amélioration menée au gemba.
- Confédération suisse, Code des obligations (CO), RS 220, art. 728a, al. 1, ch. 3: en contrôle ordinaire, l'organe de révision vérifie s'il existe un système de contrôle interne.

