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Diagramme CATWOE en quatre cercles concentriques: la Transformation au centre, Customers et Actors sur l'anneau intérieur, la Weltanschauung sur l'anneau intermédiaire, Owner et Environment sur l'anneau extérieur.

Analyse CATWOE

L'analyse CATWOE est une liste de contrôle en six éléments qui sert à construire puis à tester la phrase qui dit de quel système on parle, sa définition racine: Customers, Actors, Transformation, Weltanschauung, Owner, Environment. Elle vient de la Soft Systems Methodology, la démarche que Peter Checkland a développée pour les situations où les parties prenantes ne s'accordent pas sur ce qu'il faudrait résoudre. Son livrable est une définition racine ou plusieurs, chacune accompagnée de sa grille en six lignes. Une équipe s'accorde sur ces définitions avant d'éliciter des exigences. L'énoncé se teste contre les six questions: une définition racine dont l'un des éléments reste introuvable se réécrit jusqu'à ce qu'il s'y trouve. Une même situation en admet plusieurs, une par vision du monde tenue dans l'organisation.

Objectif

L'analyse CATWOE sert à cadrer un système d'activité humaine avant d'en discuter le contenu. Elle décompose ce système en six éléments et impose de les nommer un par un: qui reçoit sa production (Customers), qui l'exécute (Actors), quel changement d'état il opère (Transformation), quelle vision du monde rend ce changement sensé (Weltanschauung), qui a le pouvoir de l'arrêter (Owner), ce qu'il doit accepter comme donné (Environment). La grille remplie sert à écrire ou à corriger la phrase qui dit de quel système on parle.

Cette phrase porte un nom dans la méthode: la définition racine (root definition), un énoncé bref d'un système d'activité humaine, construit sur la formule PQR, un système pour faire P, par Q, afin d'obtenir R. La liste de contrôle paraît chez Smyth et Checkland en 1976. Checkland décrit la démarche dans un sens: la définition racine est rédigée d'abord, à partir d'une description de la situation, puis la grille sert à vérifier qu'elle est bien formée, chacun des six éléments devant y être identifiable ou implicite. En atelier, l'ordre s'inverse souvent, le groupe répondant aux six questions avant de composer la phrase. Les deux sens décrivent la même itération, la phrase et la grille se corrigeant l'une l'autre jusqu'à tenir ensemble.

La technique se place avant l'élicitation des exigences et à côté des techniques d'analyse des parties prenantes. Là où la liste, carte et personas des parties prenantes et la matrice des parties prenantes établissent qui est concerné et avec quel poids, CATWOE demande ce que chacun croit que le système est là pour faire. Elle prolonge le cadrage et recadrage du problème en produisant un énoncé par vision du monde tenue dans l'organisation.

Usage

Quand l'utiliser

  • Désaccord sur la finalité: plusieurs parties prenantes défendent des buts différents pour la même initiative.
  • Transformation organisationnelle ou refonte de service: établir ce que le système doit transformer avant d'écrire la moindre exigence.
  • Reprise ou fusion d'un service: nommer qui peut arrêter le dispositif et ce qu'il doit accepter comme donné.
  • Préparation d'une élicitation: éviter de recueillir des exigences au service d'une finalité contestée et jamais énoncée.
  • Projet enlisé: rouvrir la question de la finalité quand les exigences s'accumulent sans converger.

Quand ne pas l'utiliser

Description

La transformation, au centre

La Transformation est le cœur de la définition racine: un état d'entrée défini, converti en un état de sortie défini. Les cinq autres éléments qualifient ou bornent celui-là. « Améliorer la communication interne » ne nomme ni entrée ni sortie et laisse l'analyse sans prise. « Des décisions de comité non diffusées deviennent des décisions consultables par les équipes concernées » nomme les deux: on peut alors répondre à chacune des cinq autres questions.

Les participants: Customers et Actors

Les Customers sont les bénéficiaires ou les victimes de la transformation, quiconque en reçoit la production. Un système convertit des entrées en sorties qui desservent parfois des gens situés en aval, et les nommer rend la définition racine honnête. Le mandant qui a commandé l'étude n'est un Customer que s'il reçoit la production du système.

Les Actors exécutent la transformation. Le mot désigne les personnes qui font le travail, sans rien dire de qui décide qu'il continue: cette autorité appartient à l'Owner. La confusion courante consiste à écrire dans cette case l'ensemble des parties prenantes, ce qui vide la question.

La vision du monde: Weltanschauung

Weltanschauung est le terme de Checkland pour la vision du monde qui rend la transformation sensée et qui explique pourquoi on la décrit ainsi. C'est l'élément que les présentations rapides ramènent au « contexte » ou à la « vue d'ensemble ». Une Weltanschauung est une hypothèse: elle tient la transformation pour une activité qui mérite d'exister. La case demande une croyance qu'une personne identifiable tient et qu'une autre peut contester.

Une vision du monde différente produit une transformation différente, donc une autre définition racine. Une même situation admet ainsi plusieurs définitions racines légitimes, une par vision du monde tenue dans l'organisation, et le travail de l'analyste est de les faire apparaître toutes. Un atelier qui obtient une réponse unique par élément en une demi-heure a produit un accord de façade. Le produit de la technique est le désaccord rendu explicite, avec les définitions racines qui le portent.

Ce qui borne le système: Owner et Environment

L'Owner est l'instance qui a le pouvoir d'arrêter le système ou de le modifier profondément. Le responsable qui dirige les Actors au quotidien est l'Owner seulement s'il peut aussi y mettre fin. Dans la pratique, la case reçoit le sponsor du projet ou le propriétaire de processus au sens d'une matrice RACI, deux rôles qui n'ont pas ce pouvoir: dans une administration cantonale, l'autorité de fermeture remonte presque toujours à l'échelon politique ou au département qui délivre le mandat de prestations. La question qui départage est: qui peut décider demain que cela s'arrête.

L'Environment rassemble ce que le système doit accepter comme donné: réglementation, plafond budgétaire, infrastructure en place, systèmes voisins. Une contrainte que l'organisation peut lever relève du contenu de la transformation, et la ranger dans l'Environment revient à déclarer intouchable ce qui se négocie.

Conduire l'analyse

La séance suppose une description de la situation déjà établie, souvent une image riche (rich picture), le dessin par lequel la méthode capte les acteurs, les flux et les tensions d'un contexte confus.

  1. Nommer le système candidat
    Un système pertinent pour éclairer la situation, formulé assez étroitement pour qu'une transformation unique s'y laisse décrire. Plusieurs candidats sont normaux à ce stade.
  2. Formuler la transformation
    Un état d'entrée, un état de sortie, la même chose passant de l'un à l'autre. C'est le passage qui prend le plus de temps et celui qui décide de la qualité du reste.
  3. Nommer la vision du monde qui la soutient
    La croyance qui fait de cette transformation une activité valant l'effort. La poser tôt évite de découvrir en fin de séance que deux personnes décrivaient deux systèmes.
  4. Renseigner les quatre autres éléments
    Customers, Actors, Owner, Environment. Pour chacun, exiger des rôles nommés plutôt qu'une catégorie générique.
  5. Écrire la définition racine en PQR
    Une phrase, quoi par comment afin d'obtenir quoi. Q nomme les moyens mis en œuvre par les Actors, P et R viennent de la transformation et de la vision du monde.
  6. Confronter la phrase à la grille
    Chacun des six éléments est-il identifiable dans la phrase ou implicite en elle. Checkland tient qu'une définition racine amputée d'un élément affaiblit toute l'analyse qui en découle: la phrase se réécrit jusqu'à ce que les six s'y retrouvent.
  7. Rejouer pour chaque vision du monde distincte
    Une grille par vision du monde, chacune tenue pour valide. Les définitions racines rivales se présentent ensemble aux décideurs.

Considérations IA

Un modèle de langage travaille en amont de la séance. Alimenté par les documents de cadrage, les procès-verbaux de comité et les notes d'entretien, il propose une grille candidate et une définition racine provisoire que l'atelier aura pour tâche de contester. On peut aussi lui demander de formuler deux ou trois visions du monde rivales sur la même situation, celles qu'un groupe homogène ne produira pas de lui-même, puis aller vérifier auprès des personnes concernées si quelqu'un les tient. Il sert aussi de relecteur formel, en contrôlant que la transformation énonce un état d'entrée et un état de sortie et que les six éléments se retrouvent dans la phrase PQR.

Une Weltanschauung est un fait portant sur des personnes, et le modèle n'a aucun accès à ce que la direction financière croit: il produira une vision plausible et fausse. Il ignore de même qui peut arrêter le système, information politique qui ne figure dans aucun document. Un modèle privilégie la cohérence, donc il lisse les divergences qu'on lui soumet, quand la divergence est le produit recherché. Les propos attribués à des parties prenantes sont enfin des données personnelles, et leur versement dans un service externe engage la loi fédérale sur la protection des données: la question se tranche avant l'atelier.

Exemples

Un opérateur de transport public de Suisse romande étudie l'affichage en temps réel du taux d'occupation à bord, pour réduire la surcharge de ses lignes de bus aux heures de pointe. L'exemple illustre un seul point: deux visions du monde produisent deux définitions racines de la même proposition.

Définition racine tenue par la division exploitation: un système, conduit par la centrale d'exploitation et les conducteurs, pour convertir une occupation des véhicules imprévisible en information de charge disponible en temps réel (P), en équipant les véhicules et en publiant l'occupation aux arrêts et dans l'application mobile (Q), afin que les pendulaires choisissent un départ moins chargé et que la centrale redéploie la capacité, ce qui améliore la ponctualité sans matériel roulant supplémentaire (R).

Grille CATWOE

Affichage du taux d'occupation, vue de la division exploitation

LettreÉlémentRéponse pour ce cas
CCustomersPendulaires et détenteurs d'abonnement, en particulier les voyageurs à mobilité réduite: bénéficiaires si l'information est juste, lésés si l'affichage les envoie vers un départ déjà plein.
AActorsConducteurs, personnel de la centrale d'exploitation, équipe informatique qui équipe les véhicules et exploite la chaîne de comptage.
TTransformationUne occupation des véhicules invisible et imprévisible devient une information de charge publiée en temps réel aux arrêts et dans l'application.
WWeltanschauungLa division exploitation tient que rendre la charge visible améliore la ponctualité et la qualité perçue à meilleur compte que l'achat de véhicules. La division finances ne partage pas cette croyance.
OOwnerLe directeur de l'exploitation, qui tient la ligne budgétaire et peut fermer le dispositif, répondant lui-même devant l'autorité cantonale des transports.
EEnvironmentLe mandat de prestations conclu avec le canton, l'électronique embarquée existante, un plafond d'investissement de CHF 400'000 et la loi fédérale sur la protection des données, le comptage à bord se faisant par caméra.
La ligne W porte la croyance contestée: elle fera diverger la seconde définition racine.

La division finances tient une autre vision du monde: la surcharge se résout par la capacité et l'information ne fait qu'en documenter l'absence. Sa définition racine de la même proposition serait un système, conduit par la division finances et le contrôle de gestion, pour convertir une saturation constatée mais non chiffrée en preuve documentée du manque de capacité (P), par le comptage à bord et un rapport de charge périodique adressé au canton (Q), afin de justifier l'achat de véhicules supplémentaires (R). Les Customers deviennent les instances qui décident de l'investissement et l'Owner la direction financière. L'affichage aux arrêts n'est plus qu'un sous-produit du comptage, alors qu'il était la production même du système dans la première définition. Tant que ce désaccord reste implicite, l'élicitation récolte des exigences qui servent deux finalités.

Visualisations

Les six éléments occupent des rôles différents autour de la Transformation, et cette structure se lit dans l'espace: la transformation au centre, Customers et Actors en participants directs, la Weltanschauung en croyance qui la rend sensée, Owner et Environment aux limites du système. Un diagramme donne ce groupement d'un coup d'œil.

La grille remplie, elle, est faite de valeurs: un élément, sa réponse pour un cas. Le livrable de la séance est la phrase PQR avec ce tableau, celui qu'une équipe emporte, complète et corrige quand la définition racine bouge.

Coût

PhaseNiveauJustification
PréparationMoyenDécrire la situation avant la séance et réunir des parties prenantes qui portent des vues différentes. L'effort porte sur le choix des personnes: une salle homogène rend l'atelier sans objet.
ExécutionMoyenDeux à trois heures d'atelier facilité par système candidat: formuler la transformation, renseigner les six éléments, écrire la définition racine et la corriger. Chaque vision du monde supplémentaire ajoute une passe.
DocumentationFaibleUne page par définition racine, la phrase PQR et sa grille en six lignes. La reprise n'intervient que si la finalité du système se déplace.

Outils

Le support le plus efficace reste un tableau blanc ou un paperboard avec six zones tracées d'avance et la phrase PQR écrite en grand au-dessus. Un code de couleur par groupe de parties prenantes fait voir qu'une même case reçoit deux réponses inconciliables. L'exercice ne demande aucun matériel spécialisé.

À distance, les tableaux blancs collaboratifs (Miro, Mural, FigJam) portent la même disposition et gardent l'artefact éditable entre deux séances, quand les définitions racines rivales se construisent sur plusieurs semaines. Pour la conservation, une page de wiki ou un document de périmètre dans l'outil d'exigences tient la définition racine et sa grille près des exigences qu'elles gouvernent. Un tableur convient dès que plusieurs systèmes candidats sont comparés.

Sources

  • Smyth, D. S. et Checkland, P. B. (1976), Using a Systems Approach: The Structure of Root Definitions, Journal of Applied Systems Analysis, 5(1), pp. 75-83: l'article où la liste de contrôle des définitions racines paraît pour la première fois, issue des travaux de Smyth dans l'équipe de Checkland à Lancaster.
  • Checkland, P. B. (1981), Systems Thinking, Systems Practice, Chichester, John Wiley & Sons: l'ouvrage qui codifie la Soft Systems Methodology et fixe l'acronyme CATWOE sous son nom et sa définition établis, y compris la Weltanschauung et l'exigence que les six éléments se retrouvent dans la définition racine.
  • Checkland, P. B. et Scholes, J. (1990), Soft Systems Methodology in Action, Chichester, John Wiley & Sons: la formulation mûre de la liste de contrôle, où l'Owner est l'instance qui pourrait arrêter le système et la Weltanschauung ce qui rend la transformation sensée.
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