L'histoire de l'IA compte six ruptures: l'IA symbolique, le machine learning, le deep learning,
le Transformer, l'IA générative et l'IA agentique. Chacune de ces méthodes a changé ce qu'une
machine sait faire. Chacune lève une limite de la précédente et laisse sa propre limite. Un système
en service combine souvent plusieurs de ces méthodes. Chacune demande à l'analyste un contrôle
différent.
Mis à jour le
Ce que l'IA fait bien ici, ce qu'elle fait mal
Ce qu'elle fait bien
Appliquer une règle écrite: un système symbolique rend toujours la même sortie et cite la règle appliquée.
Classer à partir d'exemples: un modèle de machine learning trie des cas trop variés pour une règle.
Lire une image ou un son: un réseau profond trouve lui-même les indices utiles dans les données brutes.
Tenir compte du texte entier: un Transformer relie chaque mot à tous les autres.
Suivre une consigne en langage courant: un modèle entraîné par RLHF répond à la demande.
Enchaîner des actions: un agent appelle des outils l'un après l'autre pour atteindre un objectif.
Ce qu'elle fait mal
Traiter le cas imprévu: un système à règles échoue devant la situation qu'aucune règle ne décrit.
Justifier une sortie apprise: un réseau profond n'a aucune règle lisible à montrer à un auditeur.
Dépasser ses exemples: un modèle appris reproduit les lacunes et les biais de ses données.
Distinguer la réponse préférée de la réponse exacte: le RLHF récompense ce que les évaluateurs préfèrent, même faux.
Garantir un contenu exact: un modèle génératif produit un texte plausible, vrai ou faux.
Arrêter une action erronée: un agent exécute l'action suivante si personne ne l'arrête avant.
Les ruptures de l'IA et la limite que chacune lève
Les ruptures s'additionnent. Un logiciel de gestion des sinistres applique des règles écrites
pour la couverture, un modèle appris pour repérer la fraude et un modèle de langage pour rédiger le
courrier à l'assuré. La frise date chaque rupture par un événement que la page cite: un séminaire,
une publication, un concours, un lancement, une annonce.
IA symbolique
Depuis 1956
Des règles «si… alors…» écrites par un expert
Ex.: système expert d'octroi de crédit
→↓
Chaque cas demande sa règle
Machine learning
Années 1990 à 2012
Apprend une frontière sur des exemples étiquetés
Ex.: filtre anti-spam
1995 · Machines à vecteurs de support (Cortes, Vapnik)
→↓
Un ingénieur choisit les caractéristiques
Deep learning
2012
Des couches qui trouvent leurs propres critères
Ex.: AlexNet gagne ImageNet
2016 · AlphaGo bat Lee Sedol (apprentissage par renforcement)
↓
Le texte lu mot après mot
Transformer
2017
L'attention relie chaque mot à tout le texte
Ex.: traduire une phrase entière
→↓
Le modèle complète un texte sans suivre la consigne
RLHF, 2017
IA générative
2022
Produit un contenu à partir d'une consigne
Ex.: ChatGPT, DALL·E 2
→↓
Le modèle répond sans agir
IA agentique
Depuis 2024
Planifie et appelle des outils sous contrôle humain
Ex.: courriel, CRM, réponse à valider
Un événement que la page cite date chaque rupture. Chaque flèche nomme la limite que la rupture suivante lève.
Depuis 1956: l'IA symbolique écrit les règles
Le 31 août 1955, John McCarthy, Marvin Minsky, Nathaniel Rochester et Claude Shannon proposent un
séminaire d'été au Dartmouth College. Leur proposition forge le terme «intelligence artificielle».
Le séminaire se tient à l'été 1956. Le domaine fait remonter sa naissance à cette date. Son postulat: «chaque aspect
de l'apprentissage ou toute autre caractéristique de l'intelligence peut en principe être décrit avec
assez de précision pour qu'une machine le simule».
L'IA symbolique applique ce postulat à la lettre. Un expert énonce ses connaissances en règles
«si… alors…» que le programme enchaîne. Un système expert d'octroi de crédit vérifie le revenu,
l'extrait du registre des poursuites et le taux d'endettement, puis conclut. Il justifie chaque
conclusion par la liste des règles appliquées.
La limite tient au nombre de cas. Le monde produit plus de situations que l'expert n'en énonce.
Chaque exception ajoute une règle qui peut contredire les autres. Les règles écrites restent en
service partout où la décision tient dans des conditions énumérables.
Des années 1990 à 2012: le machine learning apprend des exemples
Le machine learning renverse la démarche. L'équipe fournit des exemples étiquetés. Un
algorithme en déduit la frontière entre les classes. Dans les années 1990, la théorie statistique de
l'apprentissage donne des garanties sur la généralisation: la capacité d'un modèle à classer des cas
qu'il n'a jamais vus. En 1995, Corinna Cortes et Vladimir Vapnik publient la forme des machines à
vecteurs de support que l'on emploie depuis. Une telle machine place la frontière le plus loin
possible des exemples des deux classes. Le filtre anti-spam de
Qu'est-ce que l'IA? en est l'exemple
courant.
La limite se trouve en amont de l'algorithme. Un ingénieur choisit les caractéristiques que le
modèle examine: certains mots, le nombre de liens, l'expéditeur. Pour un courriel ou un tableau de
chiffres, ce choix reste possible. Pour une photo, personne ne sait dire quels pixels distinguent une
fissure d'une rayure.
2012: le deep learning trouve ses propres critères
Un réseau de neurones profond empile des couches de calcul. Il apprend ses critères sur les
données brutes sans liste de caractéristiques fournie par un ingénieur. Pour suivre sur une image
ce que repère chaque couche, voyez
Familles de capacités
et modalités.
En 2012, le réseau AlexNet d'Alex Krizhevsky, Ilya Sutskever et Geoffrey Hinton remporte le
concours de reconnaissance d'images ImageNet (ILSVRC). Son taux d'erreur top-5 tombe à 15,3%. Ce
taux mesure la part des images dont la bonne classe manque parmi les cinq propositions du modèle. Le
deuxième du concours obtient 26,2%. Le résultat repose sur 1,2 million d'images étiquetées. Des
processeurs graphiques accélèrent l'entraînement.
Le deep learning gagne en précision et perd en explication. AlexNet compte 60 millions de
paramètres. Aucun ne correspond à une règle qu'un auditeur pourrait lire.
2016: AlphaGo apprend en jouant
En mars 2016, à Séoul, le programme AlphaGo de DeepMind bat Lee Sedol par quatre parties à une
et sans handicap. Lee Sedol est alors le meilleur joueur de go de la décennie. AlphaGo associe des réseaux
profonds, une recherche parmi les coups possibles et l'apprentissage par renforcement. Il apprend
d'abord sur des parties d'experts, puis joue contre lui-même: chaque victoire renforce les coups qui
y ont mené.
La récompense d'AlphaGo se calcule sans humain: il gagne la partie ou la perd. Un processus
métier offre rarement une
telle récompense.
2017: le Transformer relie chaque mot à tout le texte
Avant 2017, les modèles de traitement du langage lisaient une phrase mot après mot. Ils retenaient
mal le début d'une longue phrase. Ils s'entraînaient lentement parce qu'ils traitaient une position
après l'autre. En 2017, Ashish Vaswani et sept coauteurs publient «Attention Is All You Need». La
plupart viennent de Google Brain et de Google Research. Le Transformer qu'ils y décrivent abandonne
la lecture séquentielle.
Son mécanisme d'attention relie chaque mot à tous les autres en une seule opération.
L'entraînement se répartit alors sur de nombreux processeurs. Des corpus plus grands deviennent
utilisables. Les auteurs testent leur modèle sur la traduction de l'anglais vers l'allemand et vers
le français. BERT, GPT et les grands modèles de langage qui ont suivi reposent sur cette architecture.
Pour suivre l'attention pas à pas, voyez
Comment fonctionne
un modèle de langage.
2022: l'IA générative suit une consigne
Un Transformer entraîné à prédire le mot suivant sur des textes du web complète un texte. Il ne
suit pas une consigne: à la demande «Résume ce contrat», il peut produire une autre demande du même
genre, parce que des listes de consignes figurent dans ses données.
En 2017, Paul Christiano et ses coauteurs publient la méthode dont dérive l'apprentissage
par renforcement à partir de retours humains pratiqué aujourd'hui (RLHF, pour
reinforcement learning from human feedback). Ils la testent sur des jeux vidéo et des robots
simulés. Des évaluateurs comparent deux comportements et désignent le meilleur. Un second modèle
apprend de ces comparaisons à noter un comportement. Cette note sert de récompense pour entraîner le
premier. La récompense vient d'une préférence humaine, là où AlphaGo la tirait de la partie
gagnée.
AlexNet · 2012
Signal: une image déjà étiquetée.
Une personne étiquette 1,2 million d'images avant l'entraînement.
AlphaGo · 2016
Signal: le résultat de la partie.
La machine le calcule seule.
RLHF · 2017
Signal: le meilleur de deux comportements.
Un évaluateur le choisit pendant l'entraînement.
La source du signal d'apprentissage: une étiquette posée d'avance, la partie gagnée ou la préférence d'un évaluateur.
En 2022, OpenAI publie InstructGPT. Ce modèle de langage apprend par RLHF à suivre des consignes
de tout type. Les évaluateurs préfèrent les réponses de sa version à 1,3 milliard de paramètres à
celles de GPT-3 sans RLHF, qui en compte 175 milliards. La même année, OpenAI présente DALL·E 2, qui
génère une image à partir d'une description. Le 30 novembre 2022, OpenAI ouvre au public ChatGPT. Cet
assistant est entraîné par RLHF.
L'IA générative produit un contenu nouveau à partir d'une consigne en langage courant: un texte,
une image, un son ou du code. La réponse que les évaluateurs préfèrent peut être fausse. Pour
comprendre pourquoi un modèle affirme un fait faux, voyez
Les hallucinations.
Depuis 2024: l'IA agentique agit
Un assistant génératif rend une réponse et attend la demande suivante. Un agent reçoit un
objectif, découpe le travail en étapes et appelle des outils: une recherche, une base de données, un
logiciel métier. En octobre 2024, le cabinet d'analyse Gartner place l'IA agentique en tête de ses
tendances technologiques pour 2025. Il la définit comme des systèmes qui planifient et exécutent des
actions de façon autonome pour atteindre un objectif fixé par l'utilisateur.
Sur un courriel de client, l'agent lit la demande, cherche le dossier dans le CRM, prépare une
réponse et la soumet à un collaborateur, qui la valide avant l'envoi. Cette rupture est en cours:
Gartner accompagne sa tendance d'un appel à des garde-fous (guardrails). Pour les
degrés d'autonomie et l'endroit où placer le contrôle humain, voyez
Chatbot, assistant, agent.
Ce que chaque rupture demande à l'analyste
Une caisse maladie traite les demandes de remboursement de ses assurés. Le tableau rejoue ce
processus à chaque rupture: l'analyste y écrit d'abord les règles, puis choisit les données, puis
contrôle les sorties.
Comment chaque rupture traite les demandes de remboursement d'une caisse maladie.
Rupture
Ce que fait le système
Ce que l'analyste fournit
Ce qu'une personne vérifie
IA symbolique
Rembourse selon les règles de couverture du contrat
Les règles énoncées avec l'expert des prestations
Le traitement des cas courants par les règles avant la mise en service
Machine learning
Signale les factures suspectes d'après l'historique des fraudes
Des factures étiquetées et les caractéristiques à examiner
La part de fausses alertes sur un échantillon récent
Deep learning
Lit les factures scannées des physiothérapeutes et des pharmacies
Des milliers d'exemples de factures saisies à la main
Les montants lus sur un échantillon
Transformer
Classe par motif les lettres des assurés quelle que soit leur formulation
La liste des motifs et des lettres classées par motif
Un échantillon des lettres classées et toutes celles sans motif net
IA générative
Rédige la réponse à une réclamation
La consigne, les conditions d'assurance et le dossier
Chaque réponse avant l'envoi
IA agentique
Lit le courriel, consulte le dossier, prépare la décision et la réponse
Les outils autorisés et le point de validation
Chaque action qui engage la caisse
L'analyste vérifie les règles écrites cas par cas et une seule fois avant la mise en service. Dès le
machine learning, le contrôle porte sur des échantillons de sorties et se répète tant que le système
tourne. Avec l'IA générative et les agents, il porte sur chaque sortie qui engage l'organisation.
Vérifier le résultat
L'analyste applique cette liste à tout système qu'on lui présente comme de l'IA.
Sait-on à quelle rupture appartient chaque composant: règles, modèle appris, réseau profond, modèle génératif ou agent?
Pour un composant à règles, les règles sont-elles écrites et lisibles par le métier?
Pour un modèle appris, connaît-on les données d'entraînement et la période qu'elles couvrent?
Pour un réseau profond, une personne contrôle-t-elle un échantillon de sorties à intervalles fixes?
Pour un modèle génératif, une personne relit-elle chaque sortie avant usage?
Pour un agent, la liste des actions qu'il exécute sans validation humaine est-elle écrite?
Cette formation de deux jours porte sur les techniques d'élicitation, de modélisation et de spécification. Elle couvre l'analyse des règles métier, les tables de décision et la matrice des rôles et permissions. Cette page relie ces techniques à ses ruptures.
Ce cours d'un jour apprend à qualifier la structure des données d'un système existant. Un projet de machine learning demande cette compétence avant d'étiqueter le moindre exemple.