Le résultat qu'un utilisateur voit vient d'un système complet: un besoin, des données, un
modèle, un produit qui l'entoure et une décision humaine sur la sortie. Le modèle transforme une
entrée en sortie. Le produit lui apporte l'interface, les intégrations et les règles d'usage. Une
application d'IA empile quatre couches. Un résultat décevant se diagnostique couche par
couche.
Mis à jour le
Ce que l'IA fait bien ici, ce qu'elle fait mal
Ce qu'elle fait bien
Changer de modèle sans refaire le produit: quand l'API isole le modèle, l'équipe en change sans toucher à l'écran.
Servir plusieurs produits: un même modèle alimente un assistant RH, une recherche documentaire et un logiciel de gestion de la relation client (CRM).
Proposer dans l'écran de travail: la suggestion intégrée au logiciel métier arrive au moment où l'utilisateur décide.
Ce qu'elle fait mal
Connaître vos documents: le modèle ignore le règlement interne tant que le produit ne le lui transmet pas.
Agir dans vos systèmes: sans intégration, sa réponse reste un texte que quelqu'un recopie.
Appliquer vos règles d'usage: les droits d'accès et les interdits se programment dans le produit.
Porter la décision: le modèle propose une sortie sans en mesurer l'effet sur le client.
Répondre vite à l'heure de pointe: le temps de réponse dépend de la capacité de calcul que le fournisseur réserve.
Corriger un besoin mal posé: un modèle performant sur la mauvaise tâche ne réduit aucun délai du métier.
Les éléments d'un système d'IA
Un système d'IA réunit cinq éléments. Le besoin nomme une tâche et le résultat
attendu. Les données fournissent les exemples, les documents ou les signaux
disponibles. Le modèle est une fonction apprise qui transforme une entrée en sortie.
Le produit l'entoure d'une interface, d'outils, de règles et d'intégrations. La
décision humaine vient en dernier: une personne vérifie la sortie, l'accepte, la
corrige ou la refuse.
Besoin
Une tâche et le résultat attendu
Répondre en moins d'une minute avec l'article applicable
→▼
Données
Exemples, documents ou signaux disponibles
Règlement du personnel, directives internes
→▼
Modèle
Une fonction apprise qui transforme les entrées
Un modèle de langage rédige la réponse
→▼
Produit
Interface, outils, règles et intégrations
Fenêtre dans l'intranet, règle «citer l'article»
→▼
Décision humaine
Vérifier, accepter, corriger ou refuser
Le service du personnel tranche les cas hors règlement
Le résultat vient d'un système complet: un besoin, des données, un modèle, un produit et une décision humaine.
Qu'est-ce que l'IA? suit une demande à
travers un système: l'entrée, la transformation, la sortie, la décision. Les cinq éléments décrivent ce
qui doit être en place avant la première demande. Les données sont les documents et les exemples que le
produit met à la disposition du modèle. L'entrée est la question qu'un utilisateur pose.
Le service du personnel d'une administration cantonale reçoit chaque semaine les mêmes questions
sur les vacances, le congé paternité et les heures supplémentaires. Le besoin: répondre à un
collaborateur en moins d'une minute avec l'article applicable. Les données: le règlement du
personnel, les directives internes et les réponses déjà données. Le modèle: un modèle de langage qui
rédige la réponse. Le produit: une fenêtre dans l'intranet, une recherche dans les directives, la
règle «citer l'article» et un accès réservé aux collaborateurs connectés. La décision: le
collaborateur lit l'article cité. Le service du personnel tranche les cas que le règlement ne
couvre pas.
Retirez un élément et le résultat change. Sans les directives, le modèle répond avec le droit du
travail en général. Sans la règle «citer l'article», le collaborateur n'a rien à vérifier. Sans la
reprise par le service du personnel, un cas limite reçoit une réponse aussi assurée qu'un cas simple.
L'évaluation des données disponibles dit, avant
tout choix de modèle, si le deuxième élément existe. Pour transmettre les directives au modèle au
moment de la question, voyez la génération augmentée par la
recherche (RAG).
Un modèle dans plusieurs systèmes
La norme ISO/IEC 22989 définit le système d'IA comme un système technique qui produit des contenus,
des prévisions, des recommandations ou des décisions pour des objectifs que des humains ont fixés. Le
besoin fait donc partie de la définition.
Le règlement européen sur l'IA (AI Act) sépare les deux objets. Son article 3 définit le système
d'IA, dont les sorties peuvent influencer un environnement physique ou virtuel, et le modèle d'IA à usage général, qui
s'intègre dans des systèmes divers. Son considérant 97 précise qu'un modèle ne forme pas à lui seul un
système: il lui faut d'autres composants comme une interface utilisateur. Les
classes de risque des systèmes
portent sur l'usage prévu. Le fournisseur d'un modèle à usage général a ses propres obligations
(art. 53 à 55). Un outil qui trie des candidatures intègre un modèle et devient un système à haut
risque (annexe III, point 4). Un assistant RH qui répond aux questions sur le règlement intègre le
même modèle et doit informer l'utilisateur qu'il échange avec une IA (art. 50). Un correcteur
orthographique qui l'intègre n'a aucune obligation particulière. Le
règlement s'applique à une entreprise suisse qui met un système sur le marché ou en service dans
l'Union. Il s'applique aussi quand les sorties de son système sont utilisées dans l'Union (art. 2).
Modèle
↓Modèle
Outil de tri des candidatures
Haut risque (annexe III)
↓Modèle
Assistant RH (questions sur le règlement)
Informer l'utilisateur qu'il échange avec une IA (art. 50)
↓Modèle
Correcteur orthographique
Aucune obligation particulière
La classe de risque suit l'usage que chaque système fait du modèle.
Sculley et al. (NeurIPS 2015) font le même constat en ingénierie: dans un système de machine
learning réel, le code du modèle n'occupe qu'une petite fraction de l'ensemble. La collecte et la
vérification des données, la configuration, la surveillance et l'infrastructure de service
l'entourent. La dette technique s'accumule au niveau du système.
Une démonstration montre le modèle. Un projet livre le système. Devant une démonstration réussie,
l'analyste demande ce qui manque encore: quelles données, quelle interface, quelles règles, qui
décide.
Du problème métier au produit
Le même système se lit aussi depuis le problème métier en cinq étapes. Le problème
décrit ce qui ne va pas pour le métier. La tâche nomme ce qu'une personne doit
accomplir pour le résoudre. La capacité nomme ce que le système doit savoir faire
pour l'aider. La fonctionnalité place cette capacité dans un écran. Le
produit assemble la capacité, l'interface et les règles d'usage en un outil
qu'une équipe utilise.
Problème
Les assurés attendent trop longtemps au téléphone
Tâche
Retrouver le dossier et la réponse pendant l'appel
Capacité
IA possible
Rechercher l'information dans les dossiers et les directives
Fonctionnalité
Recherche et suggestion de réponse dans l'écran du conseiller
Produit
Portail de service de l'équipe
comment→
←pourquoi
Le produit assemble la capacité, l'interface et les règles d'usage.
Sur la hotline d'une caisse maladie, les assurés attendent trop longtemps au téléphone. Pour
résoudre ce problème, le conseiller doit retrouver le dossier et la réponse pendant l'appel. Pour
l'aider dans cette tâche, le système recherche l'information dans les dossiers et les directives de
remboursement. Cette capacité prend la forme d'une recherche et d'une suggestion de réponse dans
l'écran du conseiller. Le portail de service de l'équipe réunit ces fonctionnalités en un produit.
Les cinq étapes disent comment de gauche à droite et pourquoi de droite à gauche: chaque
fonctionnalité se justifie par une tâche que le problème justifie à son tour. Une
fonctionnalité qu'aucune tâche ne réclame sort du périmètre. Des cinq étapes, seule la capacité fait
appel à l'IA. Une recherche plein texte bien réglée la fournit parfois. Pour décider si l'IA est
nécessaire, voyez quand une
règle suffit. Le People + AI Guidebook de Google part aussi du problème: l'équipe
identifie le bon problème avant tout travail technique. Selon ce guide, une solution plus simple se
construit, s'explique et se maintient plus facilement.
En atelier, l'analyste précise dans quel sens il emploie le mot «capacité».
Le logiciel métier est ce que l'utilisateur voit et utilise.
L'API ou le service relie l'application au modèle. Une API
(Application Programming Interface) est le point d'accès par lequel un logiciel en appelle un autre.
L'infrastructure fournit les machines, le stockage et le calcul.
Logiciel métier
Ce que l'utilisateur voit et utilise
L'utilisateur clique sur «proposer une relance»
API ou service
Relie l'application au modèle
L'API transmet l'historique du client
Modèle
Transforme une entrée en sortie
Le modèle propose un texte
Infrastructure
Machines, stockage et calcul
L'infrastructure exécute le calcul
demande
proposition
Quatre couches dans un CRM: l'utilisateur clique, l'API transmet, le modèle propose, l'infrastructure exécute.
Dans le CRM d'une PME romande, un commercial clique sur «proposer une relance». L'API transmet au
modèle l'historique du client et la consigne de rédaction. Le modèle propose un texte.
L'infrastructure exécute le calcul sur des serveurs dont le lieu dépend du fournisseur.
Quand le résultat déçoit, la cause se situe dans l'une des couches. La correction change avec
la couche. Changer de modèle ne répare pas une API qui omet le dernier échange.
Cinq plaintes des commerciaux, chacune rattachée à la couche où l'équipe cherche d'abord.
Plainte
Couche à examiner
Question à poser
«Le bouton de relance n'apparaît qu'après l'envoi de l'offre.»
Logiciel métier
L'écran suit-il le processus de vente réel?
«La relance ignore l'appel d'hier.»
API ou service
Quelles données l'API transmet-elle au modèle? À quelle date s'arrêtent-elles?
«La relance cite une remise de 15% qui n'existe pas.»
Modèle ou API
L'API a-t-elle transmis le catalogue des remises?
«La relance reste générique alors que l'historique transmis est complet.»
Modèle
Un autre modèle, sur la même entrée enregistrée, rédige-t-il une relance plus précise?
«Le lundi matin, la proposition met quarante secondes à s'afficher.»
Infrastructure
Quelle puissance de calcul le contrat réserve-t-il aux heures de pointe?
La troisième ligne montre qu'une plainte n'indique pas toujours sa couche. Une remise inventée par
le modèle et une remise absente des données transmises produisent la même phrase fausse. Avant
d'accuser le modèle, l'équipe relit dans le journal de l'API les données transmises. Si le catalogue y
figurait, le modèle a inventé: les hallucinations
expliquent pourquoi. La quatrième ligne repose sur le même journal: l'équipe soumet l'entrée enregistrée
à un autre modèle. Seule la couche du modèle change.
Où se place la décision humaine
Le produit fixe la décision humaine: qui voit la sortie, à quel moment, avec quels moyens de la
corriger. Dans le CRM, le commercial relit la relance avant l'envoi. Un produit qui envoie la relance
sans ce passage a supprimé le cinquième élément du système.
Pour une entreprise privée ou un organe fédéral, la
loi fédérale sur la protection des données (LPD) fixe un plancher. Une
administration cantonale applique la loi cantonale sur la protection des données. Le responsable du
traitement informe la personne concernée de toute décision prise exclusivement sur la base d'un
traitement automatisé qui produit des effets juridiques pour elle ou l'affecte de manière
significative (LPD, art. 21). Sur demande, la personne fait valoir son point de vue et obtient qu'une
personne physique revoie la décision. Ces deux obligations tombent si la décision, liée à la
conclusion ou à l'exécution d'un contrat, fait droit à la demande de la personne ou si celle-ci a
consenti expressément à la décision automatisée. Pour un système que l'AI Act classe à haut risque,
l'article 14 exige en plus un contrôle humain: le système est conçu pour que la personne désignée
puisse comprendre ses capacités et ses limites et détecter les anomalies. Hors de cette classe et
au-dessus du plancher de la LPD, le partage des rôles reste un choix de conception. Pour fixer ce
partage cas par cas, voyez l'humain dans la
boucle.
Vérifier le résultat
L'analyste passe cette liste sur une proposition de solution d'IA ou sur une démonstration.
Le besoin nomme-t-il une tâche et le résultat attendu?
La proposition identifie-t-elle les données que le modèle recevra et leur source?
La proposition distingue-t-elle le modèle du produit qui l'entoure?
Le produit nomme-t-il son interface, ses intégrations et ses règles d'usage?
Une personne désignée accepte-t-elle, corrige-t-elle ou refuse-t-elle chaque sortie avant qu'elle produise un effet?
Chaque fonctionnalité se rattache-t-elle à une tâche?
Chaque tâche se rattache-t-elle au problème métier?
La démonstration a-t-elle tourné dans le logiciel métier sur vos données?
L'équipe rattache-t-elle chaque plainte des utilisateurs à l'une des quatre couches?
Le pays où l'infrastructure traite les données est-il connu?
Ce pays figure-t-il à l'annexe 1 de l'ordonnance sur la protection des données (OPDo)?
Le contrat prévoit-il des garanties (LPD, art. 16) pour un pays absent de l'annexe 1?
Si l'annexe 1 pose une condition pour ce pays, le fournisseur la remplit-il? Pour les États-Unis, cette condition est une certification.
Cette formation de deux jours enseigne la décomposition fonctionnelle et l'analyse des interfaces parmi ses techniques de modélisation: les deux outils qui font descendre un problème métier jusqu'à la fonctionnalité et qui posent ce qu'une API transmet à un modèle.
IREB – Certification CPRE – Certified Professional for Requirement Engineering
Cette formation de trois jours consacre un module à la formulation des exigences non fonctionnelles: le temps de réponse et la disponibilité qu'une couche infrastructure doit tenir s'y qualifient et se documentent.